Illumination Entertainment frappe encore (ainsi qu’Universal, complice dans la distribution mais pas la production) avec le troisième volet des aventures de Gru, méchant reconverti en père de famille depuis le 1 puis en agent secret dans le 2, toujours à la tête d’une armée de Minions jaune banane – inventeurs d’un jargon très personnel, devenu emblématique de cette trilogie au moins autant que son protagoniste.

On peut se l’avouer : maintenant que la licence des Minions leur a permis de gonfler le tiroir-caisse suite au film qui leur était consacré – sobrement intitulé : Les Minions, deux ans plus tôt – mais dont on aurait pu se passer, on attendait de savoir si oui ou non, on allait retrouver le vent d’air frais qu’avaient apporté les deux premières apparitions de Gru et de ses trois fillettes. Retour à la saga proprement dite, fin du merchandising.

Après le méchant « fils de » et son équipement blanc Apple, le méchant mucho macho et son fils le joli cœur, c’est un méchant resté bloqué dans la nostalgie des années 80 qui fait son apparition dans ce nouvel épisode en tant qu’adversaire attitré de Gru et des siens. Autant le dire tout de suite : énormément de gags dans ce film tiennent à la profusion de morceaux musicaux issus de ces années-là, sur lesquels les chorégraphies et les mouvements prennent instantanément un cachet assuré. En vrac : Bad (Michael Jackson, 1987), Into the Groove (Madonna, 1984), Take on me (a-ha, 1985)…Impossible de rater complètement une scène garnie d’une bande-son aussi fignolée. C’est d’ailleurs un peu sur le même principe que reposaient certaines séquences des deux volets des Gardiens de la Galaxie (2014 et 2017). Sauf que dans leur cas, c’est la vague musicale des années 90 qui occupait les amplis des cinémas durant leur diffusion.

Néanmoins, même lors de passages sans juke-box particulier, Despicable Me 3 reste dans la lignée de ses deux grands frères sur un point-clé, qui le différencie par exemple d’un désastre comme Cigognes et compagnie (2017) : ce film sait pourquoi il a été fait en animation, et mieux encore, en animation 3D. Lancée par Pixar avec Toy Story (1995), cette technique de modélisation a fini par coloniser le gros des films animés venus de chez l’Oncle Sam ; tant et si bien que parfois, certaines personnes se plaignent « d’un manque de variété. » Si on veut être honnête, ça tient moins à un manque objectif de variété dans les méthodes d’animation qu’à la moindre mise en valeur de techniques alternatives à la 3D – stop-motion, 2D dite « traditionnelle, » ombres projetées à travers papier découpé – ailleurs qu’au festival d’Annecy. Pourtant, Despicable Me 3 n’a rien d’un Pixar, ni d’un Disney : son animation a beau être modélisée par ordinateur, elle se distingue des deux monstres précédents par des couleurs moins nuancées, plus franches, et des personnages beaucoup moins « doux », plus angulaires, voire « pointus. » Mais le plus important est là : on ne voit pas comment, dans ce film, un grand nombre de scènes aurait pu être tourné avec une autre technique ; et encore moins en prise de vue réelle – la dégringolade de l’immeuble-Rubix Cube, calquée sur celle d’un « Window Crawler, » le rapide duel de « Lowriders sur pilotis, » la frimousse d’Agnès, toujours aussi irrésistible…Il se permet des gags, des mouvements, des angles et des expressions que l’animation est la seule à pouvoir rendre. Je retiens particulièrement le passage des Minions en prison sur fond de Freedom (Pharrel Williams), ainsi que le fantastique hommage aux « tics » des années 80 ou à leurs symboles – le Rubix, les coupes de cheveux, les vestes à épaulettes, les émissions d’aérobic ou de fitness, le format et l’allure des séries TV. Il y aurait là un petit croche-patte discret aux éternels adeptes du « c’était mieux avant » que ça ne m’étonnerait pas.

En une phrase : ce n’est pas un film qui se trouve, par hasard, être un film d’animation, mais un film fait pour être animé.

Note de la Rageuse : et en ayant assisté juste avant la projection à la double présentation de Casse-noisette 2 et des As de la Jungle, je persiste à penser que cette précision est importante. On aurait pu tourner ces deux-là en n’importe quoi, je suis formelle : le florilège de répliques contenues dans leurs bandes-annonces suffit à présager de la catastrophe qu’ils réaliseront au box-office. Pour le premier, déjà que son aîné n’était pas un franc succès, le cadet reprend le thème ultra-convenu des gentils z’animaux qui se battent contre le méchant entrepreneur humain qui-veut-dévaster-leur-habitat. C’est cuit avant même l’arrivée en salles. Quant au second, je veux bien que la VF ait de temps à autres ses ratés, mais là aucune blague durant tout le trailer ne passe pour en être une tant elles sont banales, vues et revues, ou à la limite de n’être que des phrases plutôt que des jeux de mots. Consternant.    

Beaucoup de séquences et de répliques iconiques, qui feront rire aux éclats bien des profils, de tous âges. Une petite réponse de Gru – « Elle a 12 ans, elle fait 12 ans et elle aura toujours 12 ans ! » -, un plan sur le chien Marcel avec sa couronne de Vahiné et une expression blasée au dernier degré au pied du lit d’Agnès…Les nuances d’humour ne manquent pas : les réalisateurs ont envie que le spectateur passe un bon moment. Quel que soit son rire : il y en a pour tout le monde. Ceci dit, plus que le volume 2 de la série, celui-là demande peut-être à avoir vu le précédent pour situer un peu le cadre de cette étonnante famille. Autant le 2 pouvait être regardé sans que le 1 ne manque au scénario, autant je ne suis pas certaine que le 3 passe aussi bien sans connaître le 2.

Les « leçons » – si leçons il y a, on peut plutôt parler de « choses à retenir » ou de « petites idées pour réfléchir » – sont toujours amenées avec discrétion, sans trop insister : accepter les gens tels qu’ils sont, ne pas vouloir faire correspondre à tout prix ses attentes avec la réalité, aimer la réalité comme elle est plutôt que lui en demander trop…Ça semble rébarbatif ? Le film fait passer ça comme une cuillerée de miel. Les passages tristes, ou tendres, sont soit tournées avec humour – souvenirs de Minions – ou avec délicatesse – le parcours de Lucy pour apprendre à être maman de trois filles qui ne sont pas les siennes.

Malheureusement, cette richesse est aussi ce qui peut pénaliser ce film. A force d’effets de scènes – brillants – et plus particulièrement de passages où on suit tour à tour plusieurs personnages durant différentes sous-intrigues, le film tend parfois à se perdre un petit peu. Toute cette galerie de portraits commence à devenir chargée dans la « famille Gru », et il devient difficile d’accorder assez de temps à l’écran à chaque personnage. D’ailleurs, les réalisateurs ne s’y sont pas trompés : le Pr. Nefario disparaît durant ce volet, et il faut admettre qu’il aurait été difficile de savoir où l’insérer dans l’histoire. Malgré ce défaut, le film soutient son rythme sans ralentir entre les blagues, les images originales et d’autres instants non destinés à susciter le rire, sans faiblir. Il jongle avec autant d’agilité qu’il le peut entre les différents chemins et les lieux que le spectateur suit…Cependant, je reste toujours dubitative quant à l’apport que cette multiplicité des points de vue confère au film.

Un volet qui continue à soutenir une saga vraiment attachante, servie par une excellente bande-son, et un casting de personnages toujours créatif, jamais ennuyeux. Sans leçons de morale et sans pathos inutile : même s’il n’égale pas ses prédécesseurs, il reste un très bon moment à passer tant entre amis qu’en famille, ou même en solitaire. Aller le voir, c’est se garantir un chouette moment de détente, des sourires, et quelques francs éclats de rire.

…Vous vous demandez pourquoi je n’utilise pas le titre français ? Question de sonorité. « Moi, moche et méchant » me le fait vraiment trop sonner comme un film « strictement pour enfants. » Et ça, dès qu’on parle d’animation, vous savez ce que j’en pense…Alors tant qu’à faire, j’ai pris une affiche américaine. Na.

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