Récemment, j’ai été prise d’un soudain « recruitment blues. »

Ne cherchez pas ce terme sur un blog « jobmarketing » , « lifestyle 2.0 » , « office psychology » ou je ne sais quel autre anglicisme/abrégé/truc branché : je viens de l’inventer. Et si ça existe vraiment, c’est un hasard complet.

Le recruitment blues, c’est ce moment assez pathétique où on revoit défiler ses années d’études derrière soi en se disant : « mais pourquoi j’ai fait ça pendant cinq ans au lieu de me lancer dans la culture de navets bios/l’élevage de marsouins/le mime sur skateboard ? » C’est aussi une période qui consiste à éviter très soigneusement le moindre contact social afin d’éviter de répondre à la question : « et toi maintenant, qu’est-ce que tu deviens ? »

Si hélas, cent fois hélas on ne peut pas pondérer la rencontre inopinée d’une connaissance dans un lieu extérieur quelconque – la nature humaine vous obligeant à sortir malgré tout -, s’ensuit en général un moment plutôt gênant. Moment au cours duquel on se livre à une esquive de réponse aussi acrobatique que créative…Qui s’efforce péniblement de rester polie, souriante, avenante. Une esquive GRS, en somme.

Tout ça alors que la seule réponse qui fait écran dans sa tête à ce moment précis, c’est quelque chose qui ressemble à :

grumpy-poing-sur-la-gueule

Sans violence à l’égard direct de ladite connaissance, non.

La violence, elle s’adresse à autre chose.

Parce qu’au même moment, dans un autre recoin obscur de sa mémoire mal triée, se déroule la rétrospective des 54 dernières candidatures qu’on aimerait bien oublier, les lettres de motivation qui s’entassent dans un dossier inutile sur le bureau du PC, le énième check-up des e-mails où on prend des rendez-vous de « réseautage » pour la semaine qui vient. Tout en anticipant non pas si ça va servir à quelque chose, mais jusqu’à quel point ça ne va servir à rien.

Et en désespoir de cause, puisque la solitude face à son propre échec se transforme en une sorte de lamento sicilien, on discute avec son Rageux ou sa Rageuse personnel/le. Ensemble, on prend les paris sur « alors, quand est-ce que tu vas t’apercevoir que tu perds ton temps ? »

Pourquoi parler avec lui/elle, connaissant sa tendance à vous éperonner la bile ? Parce qu’il/elle est la seule personne qui peut vous supporter, dans ces moments-là. La preuve : c’est lui/elle qui est à l’origine de la réponse que Grumpy Cat illustre au-dessus. Lui/elle qui dirige la violence.

Oui, enfin « dirige… » de là à dire qu’il/elle fait preuve de compétence dans ce domaine, là…

Evidemment, sa conversation est toujours des plus constructives :

« Comment tu peux rater autant d’entretiens ? Au bout d’un moment, c’est mathématique, non, il y en a un qui devrait marcher…T’es maudit(e), c’est pas possible. »

« C’est pas ton CV qui merde, c’est pas les lettres, c’est pas ton âge…Ils veulent quoi en plus ? De l’expérience ? Et tu l’acquiers si on t’embauche nulle part ? »

« Franchement, y a pas un seul de tes « camarades de classe » qui soit encore en train de chercher…T’es vraiment une tanche. »

« Au pire, deviens voyant(e) : faut juste te déclarer auto-entrepreneur – no joke, j’ai vérifié. Au moins tu gagneras des sous…Et avec tous les entretiens que t’as eu, t’auras de l’entraînement, regarde, tu feras exactement pareil : dire ce qu’ils veulent entendre à des gens que tu connais pas. »

« Sinon au pire Suicide, mode d’emploi (1982) est toujours en PDF dans le disque externe, hein… »

Alors nécessairement, à un moment il devient urgent de se consoler. Vite.

Et pour se consoler, rien ne vaut la bonne vieille recette du « ça ne peut pas être entièrement de ta faute. » Depuis que je cherche du taf, jamais encore je ne suis partie du principe que quelqu’un d’autre que moi n’avait pu foirer son entrée. Mais subitement, la lumière m’a frappée comme une poêle en pleine face : au milieu de tous ceux que j’ai pu enchaîner, il y avait bien au moins une ou deux  erreurs de casting, de l’autre côté du bureau de recrutement.

Je me suis demandée s’il existait un site qui comptabilisait les « perles des recruteurs. »

Google me tendait sa barre…

Hélas.

Ô déception suprême.  

J’ai bien essayé de taper « perles recrutement » , mais je ne trouve pratiquement que celles des candidats. 

Démonstration : capture d’écran de la recherche :

perles-recrutement-01perles-recrutement-02

Alors.

Site numéro 1, on atterrit ici.

L’article est affreusement long. Mais y a pas à dire, ça a son charme. Intitulé « Le grand bêtisier du recruteur » , il ne liste de perles…Que du point de vue des membres des RH. Et attention piétons et piétonnes : il faut voir à quel degré insoutenable d’horreur mêlée de fou-rire les malheureux combattant(e)s de l’embauche et de l’épluchage de CV sont confronté(e)s…

« Le CV cahier avec des lignes pas alignées…Aïe, mes yeux »

« Les citations sur le CV, c’est NON ! »

Pour prendre soin d’un cœur sous tension, mon expérience chinoise recommande le thé au jasmin. Parce qu’à moins d’avoir celui d’un lapin sous cocaïne, si c’est ça qu’elle a vu de pire dans sa carrière, faut relâcher ses chakras. Ça urge.

« Activités extra-professionnelles : lecture, sports, sortis en boîte (je m’invente rien) »

Oui les parenthèses comptent dans la citation. Par contre, la faute de grammaire à « sortis » je n’en suis pas sûre. Auquel cas, c’est peut-être ça je crois, qui est censé faire office de blasphème candidataire.

(Ce mot n’existe pas. Mais on y croirait, non ?)

On goûtera au passage quelques petites cuillerées de mépris gratos qui vous chatouilleront le bedon :

« Et par pitié, arrêtez de vous prendre en photo pendant que vous êtes au téléphone ! Vous pensez que vous avez l’air “busy” ? Si vous saviez ce que nous, recruteurs, on en pense… »

Oouuugghh…Parle encore un peu franglais, mon petit Saint-Honoré, oui…Juste un peu, vas-y, provoque-moi…Qualifie-toi bien entre tes deux grosses virgules par ta catégorie socio-professionnelle, vilain garçon…Maîtresse Dominakem va sortir le fouet.

« J’ai également déjà reçu un “CV de couple”, qui postulaient tous les deux, ensemble, avec un seul document. Brrrr… j’en ai encore froid dans le dos ! »

Pôv’ chouquinet…Lui, il a besoin d’un câlinours.

Non mais arrêtez de rire, sérieux. C’est flippant, un couple. Terrifiant, même. La Rageuse s’est occupée d’en faire un descriptif très fidèle dans notre séquence d’onomastique saisonnière. Alors on juge pas, d’abord.

On a aussi des comiques qui laissent songeur quant au processus de recrutement lui-même :

« Je ne lis pas les lettres de motivation, j’ai bien trop peur de ce que je pourrais y trouver !!! Mais j’ai quelques perles en Anglais transmises par des collègues : » 

Tu peux t’arrêter direct, tu sais…L’expérience des autres ne remplace pas la tienne. Et c’est même pas une citation, ça. Moralité : si vous aspirez à exercer ce noble métier, sachez que lire les lettres de motivation, c’est en option !

Ay…Oui, oui, j’abuse un peu. Dans le texte, il y a vraiment des anecdotes rigolotes. Tous les recruteurs-témoins ne sont pas aussi brise-crânes. Mais enfin, les meilleures viennent quand même des commentaires en-dessous de l’article – qui ne manquent pas d’ailleurs de s’autoriser quelques remarques du même style que les miennes…En plus formel.

Site numéro 2, on est chez Le Figaro. Se placer côté candidats, ça pourrait être envisageable…Mais seulement chez les Bac+18, à la rigueur. Les recruteurs témoignent encore, moins créatifs que sur le premier site. Si certaines anecdotes sont plutôt amusantes, d’autres le sont moins – un candidat qui s’évanouit en entretien…C’est fun ? Je vous laisse juges.

Par ailleurs, là aussi les commentaires fourmillent de critiques sur le fait qu’un seul côté du bureau soit présenté…Hey, les Figaristes, vous me surprenez !

Site numéro 3. A priori, on devrait se marrer. J’attends que ça, fais péter coco :

« … mâchait du chewing gum constamment et tentait même de faire des bulles. »

« Le candidat sifflotait pendant qu’on lui posait des questions. »

« …n’a pas arrêté de rire bêtement pendant l’entretien. »

ON SE MARRE, ON A DIT !

« Le candidat tenta de défier le recruteur dans un combat au ‘bras de fer' »

« Lorsque je lui ai demandé quels étaient ses hobbies, il s’est levé et a commencé à faire des claquettes dans le bureau. »

« La sonnerie du téléphone portable du candidat retentit.
L’appel était de sa femme. Le candidat dit les phrases suivantes:
« Quelle compagnie ? Quand est-ce que je commencerai ? Quel est le salaire ? »
à ce moment, j’ai dit:
« Je suppose que vous n’êtes plus intéressé à poursuivre cet entretien plus avant. »
Il répondit tout de suite:
« Si bien sûr, du moment que votre offre de salaire est supérieure. »
Je ne l’ai pas retenu pour le poste, mais plus tard, j’ai su qu’il n’y avait pas d’autre offre d’emploi pour lui. C’était simplement une ruse destinée à faire monter le salaire proposé. »

Bon. C’est mieux. Là au moins on peut sourire…

Numéro 4, on est sur Keljob…Un site de recherche d’emploi. Si c’est aussi condescendant que les deux premiers, ça peut faire office de démotivateur efficace. C’est peut-être une forme de lutte contre le chômage, quelque part…

« en période de fêtes, il n’est pas rare de voir des candidats débarquer avec des chocolats. Cela produit un vrai décalage entre leurs compétences professionnelles et leur savoir-être. Du coup, on leur explique gentiment que leur geste n’aura pas d’impact sur la suite du processus de recrutement »

Décoincez-vous un peu, nom d’un Ferrero. Ça va pas vous tuer d’accepter une petite crise de foie…Et puis, ça ne vous oblige en rien à les embaucher après. Si vous avez besoin de cloisonner à ce point cerveau rationnel et cerveau émotionnel, c’est qu’il y a un petit souci d’insécurité personnelle là-dessous. J’dis ça, j’dis rien.

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Akem’s Psychobullsh*t Seal of Approval – Le sceau d’approbation psycho-nawak d’Akem. Vous allez le revoir, celui-là

« un candidat d’une vingtaine d’années s’est présenté chez nous accompagné de sa maman. Elle était encore dans le hall d’accueil quand je suis allé le chercher pour l’entretien. Évidemment, on s’interroge sur le potentiel d’autonomie du candidat dans ce genre de cas »

Mouais. J’ai beau héberger une Rageuse tenace en moi, ce genre d’anecdote me fait plus de peine que rire.

(Surtout quand je pense que si elle en avait eu la possibilité, ma propre génitrice n’aurait pas hésité une seconde à aller péter les dents des recruteurs qui ne m’ont pas retenue…)

« Ne pas personnaliser son CV à chaque envoi peut provoquer des situations étranges. « Un candidat en poste chez un géant du nucléaire envoyant sa candidature dans une autre grande entreprise de l’énergie mettait en avant une des ses réalisations personnelles : la rédaction d’un fascicule… anti-nucléaire »

Aaaaaah bah voilà ! Bon, c’est pas la fracture costale de rire, mais au moins on part sur de l’absurde gentillet. On va d’ailleurs s’arrêter là. Dans l’ensemble, les anecdotes Keljob peuvent faire sourire, mais pas vraiment halluciner.

Je passe vite fait sur le site numéro 5, pour arriver au premier de la liste à proposer un versus entre candidats et recruteurs :

Avec le petit « #Familiarité » rose qui va bien au début :

« […]

_ Une recruteuse s’est déjà fait appelée « ma petite vieille »

– Des candidats étalent toute leur vie personnelle…

– Un recruteur a été invité à dîner par un candidat après un entretien ! »

Le premier, ok, c’est validé, ça craint. Et c’est plutôt drôle. Le second ben…Mouais. Bon, on a déjà vu pire, du coup. On en est déjà au septième dans la liste des recherches, hé. Va falloir s’activer pour nous surprendre. Le troisième est assez marrant, prévisible, mais jusque-là pas encore mentionné. Alors on dit bonjour.

J’ai passé le début…Sachez qu’on en a encore une qui a des soucis avec les chocolats en périodes de fêtes…Non mais si vous n’en voulez pas, envoyez-les chez nous, hein. On les finit sans problème. Et je vous en donnerai à vous aussi, que vous suiviez le Blog ou que vous soyez de passage.

Sinon on fait état de la motivation « dissolue » de certains candidats, ou de quelques machins pas très originaux. Allez, on file voir les recruteurs, c’est ça qu’on veut :

« 10% des recruteurs y croient. Selon eux, la graphologie révélerait la personnalité d’un candidat. Ils demandent donc un échantillon d’écriture afin de cerner ce dernier. Plusieurs candidats ont dû faire ce test et se sont vus refuser le poste car leur écriture révélait un caractère instable… »

Aouch. La graphologie…On ne m’a encore jamais fait ce coup-là. J’ai eu droit à un psycho-test de 74 questions – sans ironie : je les ai comptées, et elles étaient toutes à choix multiple, dont certaines avec un petit justificatif à écrire dessous. L’écriture, pas pour l’instant. Je croise les doigts pour que ça n’arrive pas : j’ai rarement tous les jours la même. Rassurez-moi, je ne suis pas toute seule ?

« Des candidats l’ont vécu : il arrive que les recruteurs appliquent la technique de la numérologie pour dresser un profil et n’embauche pas le candidat car « Vous souvenez-vous de ce que vous avez fait lors de votre précédente année 1 ? Parce que si vous n’avez rien démarré d’intéressant cette année-là, vous ne réussirez jamais rien dans la vie ». »

Vous l’avez reconnue ? La numérologie ! Parce que déjà qu’on ne décide pas de son année/mois/jour de naissance, en plus il faut qu’elle, elle décide de notre avenir.

Enjoy.

La vie est un fichu tiercé dont tous les chevaux ont pris une drogue différente en intraveineuse.

Si vous tombez sur quelqu’un qui vous sort la phrase – culte, j’en conviens – de ce recruteur/cette recruteuse numérologue, passez donc voir l’horoscope inventé par Monsieur Q…Histoire d’avoir des idées de réponses astrales à balancer face à la grâce des chiffres !

Ma préférée pour la fin : « l’analyse vocationnelle »

Déjà qu’une vocation, on est pas tous clairs avec le de-quoi-ça-s’agit, mais alors si maintenant en plus il faut l’analyser…

Et ça donne ça :

« Il arrive que certains recruteurs, en plus de l’analyse des compétences proposent une analyse vocationnelle afin de dresser un profil candidat en quelques mots, censés résumer une personnalité. Certains candidats ont ainsi appris qu’ils avaient un profil « S-H-A-M-E. Soit un saint (S), un héros (H), un artiste (A), un messager (M) et une éleveur de promesses (E) ». »

…Y a des cours d’anglais qui se perdent. Je laisse PJ Harvey en donner à ceux qui ne verraient pas la blague. Et la traduction est ici.

Passons au site suivant, très classique à nouveau. On y retrouve le même caractère hautain que dans les premiers de la liste. Respirez : je sais que ça vous avait manqué.

« Il y a des candidats qui ne peuvent s’empêcher de trouver leur vie fascinante. Et qui l’expliquent, longuement. Oui, dix pages, c’est long. »

De la lecture. Tudieu quel Enfer.

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« Dans la même veine, il y a les angoissés, ceux qui ne peuvent s’empêcher d’empiler un maximum d’infos en en-tête : nombre d’enfants, dates de naissance des bambins, du conjoint et du chien, note au bac d’allemand, numéro de téléphone de la résidence secondaire… Trop c’est trop ! Surtout quand on sait que nous, les patrons, avons rarement le temps de lire en détail les missives qui accompagnent les CV. »

…Mais…Mais toi aussi, tu te la mets entre les virgules, ta belle catégorie socio-professionnelle ? Oh tu en es fier, hein, mon porcelet…Tu t’ébroues la crinière, mon petit cochon, tu me cherches, hein ? Tu la veux la cravache, petite ganache à la framboise…Continue à pas être sage et je te dresse jusqu’à ce que tu donnes la patte !

« Et puis, il y a ces candidats qui nous aiment. Ils ne nous ont pas encore rencontrés, ils ne savent que peu de choses de nous, mais, déjà, ils sentent cette fameuse alchimie qui transformera votre collaboration en merveilleuse histoire d’amitié : « Un petit, même un grand déclic a germé dans mon esprit. », ou : « Mon rêve a toujours été d’intégrer Areva. » (surtout si vous recrutez chez Alstom, oups, problème de copié-collé, peut-être ?). »

Oooooh…Incapables de croire qu’un candidat nourrit une vraie passion pour une entreprise ? Mais faut pas douter de soi comme ça, enfin ! Elle est cool, ta boîte, mon petit Bretzel, si, si ! Y a même des « jeunes » qui l’aiment, je suis sûre…Allez, faut pas manquer d’estime de soi comme ça. Si tu pars de l’a-priori que les candidats font des copiés-collés, c’est parce qu’au fond de toi, tu ne sais pas leur faire confiance. Il faut apprendre à s’ouvrir aux autres, bichon. Construire, collaborer, créer : la confiance est la base de toute interaction saine.

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Je vous avais prévenus. Ça part très vite…

« Enfin, il y a les lettres de ceux qui ne veulent pas avoir l’air d’y toucher. Ceux qui posent leur candidature parce qu’ils ont un trou dans leur emploi du temps, entre le golf et l’atelier cuisine, et qui ont entendu dire qu’on pourrait être intéressés par des gens aussi exceptionnels qu’eux. Ceux-là, comment dire ? On a vraiment hâte de les rencontrer »

Un coup on t’aime trop, un coup pas assez…Tu sais pas ce que tu veux, toi. Tu sais ce que c’est ça ? C’est ton côté Scorpion. Je suis sûre que t’es un Scorpion. Les Scorpions sont des séducteurs – en apparence : regarde le ton pseudo-décomplexé dont tu tartines ton billet, gros -, mais au fond d’eux ce sont des gens qui ont peur d’être heureux, tu vois. Alors ils détruisent leurs chances de voir le positif en sabotant eux-mêmes toute création en devenir. C’est pas Feng Shui, ça. Du tout.

*La rédaction des Bottes et le Plume vous propose ce petit interlude musical afin de faciliter la transition entre le dérapage final du paragraphe qui précède et le suivant. Prenez le temps d’un swing avec Parov Stelar*

On termine avec ce site…Qui a eu la même idée que moi ! Montjoie, Saint-Denis ! Je ne suis pas seule dans l’immensité hostile du web !

Sur ce site, se trouve un individu bien sympathique qui raconte ses déboires avec un service de recrutement assez gonflé dans son genre…Le plus simple, c’est encore que vous alliez le lire : partez du principe que son recruteur :

  1. Ne sait pas ce que signifie « un métier qui comporte un aspect relationnel »
  2. N’a pas de management qui sait rédiger des demandes réalistes en création de poste
  3. N’a aucune conception de la « courtoisie 2.0 » – aka : par mail, ou par Skype si vraiment on a affaire à des « Geeks. » Swagg.

On ne va pas décortiquer toutes les réponses, même si on pourrait faire ça toute la journée…

Toutefois, je note malgré tout un constat assez manifeste : les « perles de recruteurs » faites par les recruteurs eux-mêmes sont sous-représentées. De même que les offres d’emploi surréalistes – et là aussi, j’en ai croisé un paquet – ne sont pas si listées que ça…C’est ballot, il y aurait moyen de rigoler. Et aucun recruitment blues, même tenace, ne fait le poids face à une bonne rigolade.

On a compris : certains candidats n’ont pas appris leurs leçons et ne savent pas faire un CV, rédiger une lettre ou se contrôler durant un entretien. Ce qu’on oublie, c’est que ce sont autant de choses qu’on n’apprend pas nécessairement sur les bancs d’une fac – même chose pour le fameux « réseautage » évoqué en début d’article. Les recruteurs, en revanche, sont au moins supposés avoir été formés dans leur métier…Et c’est ahurissant parfois de voir que certains n’en donnent pas l’impression – ce n’est pas un euphémisme. C’est une X-litote.

Personne pour recenser leurs bourdes. Personne dans le vaste internet…Ou alors je suis passée à côté du site sans le voir. Si quelqu’un en connaît un, je lui serais infiniment reconnaissante de le poster dans les commentaires !

En attendant.

Il y a déséquilibre.

Et ça, comme l’a dit avec sagesse le grand philosophe Caliméro :

socramero

Alors, je vais faire ici un petit florilège des meilleures réponses que j’ai eues en entretien – ça commence à faire un moment que j’en passe, j’ai eu le temps d’en entendre !

Cadeau :

#1

RH : vous avez des questions supplémentaires à poser ?

AS : euh, oui, je souhaiterais connaître la fourchette de salaire…Il n’y en avait pas de mentionnée sur l’offre.

RH : ah ben non, forcément. Pour un stage, c’est le minimum légal, on précise pas.

AS : un…Stage ?

RH : ben oui, mademoiselle. C’est bien pour l’offre *ChiffresEtLettresAvecUnHashtagDevant* que vous candidatez ?

AS : le poste intitulé « assistante chargée de communication » , posté le 22 février.

RH : bah voilà.

AS : …Mmmh, je suis navrée, mais je pense avoir le descriptif de l’offre en tête, et il n’y a mentionné nulle part qu’il s’agit d’un stage. 

RH : oui, oui, bon, c’est possible : et alors ? Assistante, c’est pareil. Vous auriez pu vous en douter, non ?

AS : c’est-à-dire…D’habitude, le type de contrat est mentionné sur les offres. Et je vous ai écrit dans ma lettre de motivation que je ne pouvais plus accepter de stage.

RH : ben qu’est-ce que vous faites là, alors ?

AS : …Je prends un cours de grammaire. Vraiment : j’apprends des synonymes, grâce à vous. Merci beaucoup.  

#2

AS : *entre dans une pièce où se trouvent deux chaises en plastique, une plante verte et une corbeille à papiers. Il y a une fenêtre avec un rideau jaune, aucun bureau, un plafonnier.*

Dame de l’accueil très aimable : je vous laisse vous installer, il va falloir attendre quelques petites minutes.

AS : merci beaucoup.

*20 minutes plus tard, un type rentre dans la pièce. Il ouvre la porte, me regarde, enlève sa veste et la lance sur le dossier de la chaise que je n’occupe pas. Puis, il enlève ses chaussures et se retrouve pieds nus par terre. Il vient ensuite s’asseoir.*

RH : vous êtes déroutée ?

AS : pas à ce point…Un peu surprise, oui.

RH : aaaah…Une sceptique, hein ?

AS : sceptique ? Par rapport à quoi ?

RH : notre méthode.

AS : le fait d’enlever ses chaussures ? Oh non…Ça doit être encore plus efficace qu’un test de personnalité.

RH : exactement !

AS : *petit sourire soulagé* 

RH : c’est d’ailleurs pour ça que je préfère vous le dire tout de suite : vous ne serez pas prise.

AS : *descente émotionnelle immédiate, essaye de s’éclaircir la gorge*…Rhmh…Ah bon ? C’est intéressant.

RH : eh oui. Vous voulez savoir pourquoi, j’imagine ?

AS : parce que…J’ai gardé mes chaussures ?

RH : ah ! Vous voyez !

AS : je vois ?

RH : vous voyez : vous essayez de répondre à ma place à la question que je vous ai prêtée. Ça traduit une volonté de pouvoir chez vous.

AS : oh…D’accord.

RH : quand je vous ai demandé si vous étiez déroutée, vous avez prétendu que non, alors qu’il était évident que oui. 

AS : ah ?

RH : bien sûr…C’est une réaction naturelle : tout le monde serait dérouté. Mais vous avez préféré mentir pour vous assurer ma confiance.

AS : c’est intéressant.

RH : ou alors…Vous n’étiez réellement pas déroutée. Mais dans ce cas, ça présage chez vous d’une personnalité peu créative. Vous n’êtes pas du genre à vous laisser aller. Or, dans cette entreprise, on recherche des personnes dynamiques, vous voyez ? Des gens qui ont la pêche, des gens ouverts ! Vous, vous êtes déjà trop engoncée dans votre routine, mademoiselle…C’est triste, pour quelqu’un d’aussi jeune.

AS : …

RH : et là, vous êtes vexée. Je le vois bien. Je vous ai blessée.

AS : pas du tout, je prenais le temps de vous écouter.

RH : ah oui ? Vous avez un sens de l’analyse ?

AS : que voulez-vous monsieur : c’est quand on réfléchit trop qu’on devient aussi blasé que moi. Au revoir.

RH : vous partez ?

AS : un peu tard, je sais. Toutes mes excuses, et passez une bonne journée.

#3

RH : *épluche mon CV pour la cinquième fois en l’espace d’une demi-heure*

AS : …Si vous avez des questions, je vous en prie, je serais ravie de vous répondre.

RH : oui, justement.

AS : je vous écoute.

RH : ben, c’est un peu normal. Vous le voulez, ce poste ?

AS : euh…Oui, en effet.

RH : bon. Je ne vois pas d’expérience préalable dans ce secteur sur votre CV.

AS : pardon ?

RH : vos études, là…C’est pas vraiment en rapport avec le poste.

AS : pas tout à fait…C’est pour ça que je postule à un stage. 

RH : ah mais un stage, c’est un poste, mademoiselle, vous croyez quoi ? On n’embauche pas de stagiaire pour qu’il nous mette le souk ! Sans au minimum un an….

AS : un…An ? D’expérience ?

RH : ne m’interrompez pas.

AS : pardon.

RH : oui, donc de toute façon ça n’a pas d’importance. Vous n’avez aucune expérience, il est pas question de vous prendre en stage.

AS : très bien. Au revoir alors.

RH : c’est ça.

#4

*Téléphone*

AS : allô, oui ?

RH : Akem Sylderique ?

AS : oui, c’est moi.

RH : NS de l’agence *insérer nom ici*. Je vous rappelle par rapport à votre candidature chez nous.

AS : oui ?

RH : vous voulez toujours le poste ?

AS : tout à fait.

RH : bon ben…Vous passez lundi, vers 10h30, et on se rencontrera.

Vous pensiez que ça finissait bien ? 

La madame en question m’a appelée en numéro privé : pas moyen de tracer le téléphone. Et elle ne m’avait donné ni adresse, ni nom de personne à qui je devais m’adresser. Je n’ai eu le temps de poser aucune question : elle avait raccroché. J’ai retrouvé le nom de l’agence via ma candidature, j’ai trouvé l’adresse…J’ai quand même essayé de leur renvoyer un e-mail pour obtenir au moins un numéro de standard. Rien. Le lundi en question, je vais à l’adresse indiquée à 10h20. Bâtiment fermé, impossible d’entrer. J’ai attendu 45 minutes. Rentrée chez moi, j’ai écrit un mail pour demander le report du RDV en expliquant ce qui s’était passé…Je n’ai jamais reçu de réponse. Pourtant, j’en ai renvoyé deux autres par la suite.

#5

RH : bien. On va s’arrêter là, je pense.

AS : très bien.

RH : vous n’avez pas de questions, j’espère ?

AS : euh…Non, si vous êtes pressé, je comprends.

RH : pressé, ce n’est pas la question, ma petite demoiselle. Croyez-moi, si ça ne tenait qu’à moi vous n’auriez pas perdu autant de temps avec mon collègue. Si vous m’aviez rencontré directement, ça vous aurait évité…

AS : excusez-moi, mais perdu du temps…Par rapport à quoi ?

RH : au poste, mademoiselle, le poste. Je veux dire…Ca paraîtrait évident à n’importe qui que vous ne pouvez pas…

AS : que je ne peux pas quoi ?

RH : mademoiselle, je vais être franc avec vous : vous cumulez deux handicaps. Vous êtes jeune, et vous êtes une femme.

AS :  « …handicaps ? »

RH : il y a un problème ?

AS : de mon côté, non, monsieur…Bonne journée.

RH : au revoir, mademoiselle.

J’ai candidaté plus tard dans la même institution mais à un autre poste. Je suis retombée sur ce type qui, dans son mail, m’a qualifiée « d’emmerdeuse. » Un délicieux compagnon. Homme ou femme, finalement, je ne regrette pas de ne pas faire partie de ses collègues.

#6

RH : euh…Qu’est-ce que vous faites là ?

AS : pardon ?

RH : vous êtes qui ?

AS : Akem Sylderique…

RH : ah mais…Vous êtes un travelo ??

AS : …?

RH : non parce que…Sur votre photo, j’ai cru…Et puis votre nom…Mais vous êtes un homme en fait, vous êtes quoi ?

AS : une femme, madame…Une femme banale.

#7

RH : je vous demande de patienter 5 minutes, je dois prendre un appel.

AS : très bien.

J’ai attendu une demi-heure. Je suis sortie par curiosité demander à la secrétaire si c’était normal. Elle m’a répondu en étant un peu gênée que ce monsieur était parti en pause déjeuner.

#8

RH : bon. Il est très bien votre profil.

AS : merci.

RH : seulement, moi, je ne ferais jamais remonter quelqu’un qui a fait [école de snobinards que je regrette à chaque entretien d’avoir faite].

AS : ah…Bon ? Mais pourquoi ? Vous avez eu de mauvaises expériences avec mes collègues ?

RH : oh non…C’est juste que les gens comme vous, ça trouve du travail en deux-deux. Alors autant laisser sa chance à quelqu’un qui n’en a pas autant que vous.

AS : je vois…

Ça fait près d’un an que j’ai de la chance. Je dois être née sous le signe du Trèfle de la Saint-Patrick. Filez-moi une bière.

#9

RH : allô ? Akem Sylderique ? Oui, ça serait pour vous proposer…Si vous êtes toujours en recherche, j’ai un CDD d’un mois en comptabilité-gestion.

AS : …

Ce n’est pas du tout mon domaine, je ne connais rien à la gestion. Et puis…Un mois ? Je ne savais même pas que c’était possible.

#10

RH : bon…Mais avec le CV que vous avez, pourquoi vous cherchez un stage ?

AS : pardon ?

RH : pourquoi vous ne cherchez pas un vrai poste ?

AS : je pourrais…?

RH : oh, largement…Enfin, si vous voulez un stage, moi je pense que ça passera sans problème, mais bon…Je dis ça pour vous

Il n’y avait pas de poste disponible dans ma branche malheureusement. Et pour le stage, grillé aussi : mon université de l’époque a refusé de m’accorder une convention sous prétexte que « c’était trop éloigné de mon domaine d’étude… » C’était un stage dans un consulat français à l’étranger. J’ai voulu brûler cette fac un nombre incalculable de fois après ça.

Ça vous a plu ?

Ils sont là pour qu’on en rigole, allez. En pleurer ne me rendrait pas mes embauches : alors faites-moi plaisir, ne soyez pas tristes – s’il y a des sentimentaux parmi vous, on ne sait jamais.

Parce que moi, je souris.

…Je souris deux fois en sachant qu’une entreprise canadienne, américaine ou britannique aurait considéré la candidature des trois candidats farfelus que le premier site du « top » là-haut ridiculise. Le danseur de claquettes, le « menteur comédien » et le candidat au bras de fer. Rien que parce que leurs « erreurs » témoignent d’autres traits de caractère, de beaucoup de culot, et d’originalité.

Or, comme je l’ai moi-même entendu en entretien :

« Un entretien, à partir d’un certain niveau, ça ne consiste plus à poser des questions sur vos compétences…J’ai lu votre CV, vos compétences, je les connais. Maintenant, ce que je veux savoir, c’est : est-ce que je vous vois nous croiser  devant la machine à café tous les jours ou pas ? »

Yep…

Simple, apparemment absurde, et pourtant vrai.

Mais la France n’en est pas à ce degré de réalisme. Un entretien français, c’est encore deux kilomètres de questions bullsh*t que tout le monde connaît par cœur. « Si votre meilleur(e) ami(e) me parlait de vous, qu’est-ce qu’il/elle me dirait ? » , « donnez-moi vos trois principales qualités et vos trois principaux défauts » , « où vous voyez-vous dans cinq ans ? » , « qu’est-ce que vous attendez de ce poste ? » , « dites-moi en une phrase ce qui vous différencie des autres candidats. »

Va vite, cause pas trop, sois poli et termine ton interro.

Présente des preuves, de préférence avant de les avoir faites.

T’as pas assez prouvé que tu voulais bosser. Tu parles je ne sais combien de langues, maîtrises plusieurs logiciels que ton éventuel futur boss lui-même ne saurait pas utiliser, tu as un bac+ et c’est pas encore assez.

La plupart des gens me disent : « barre-toi à l’étranger. »

Il va peut-être falloir que je me mette à y penser.

Fais-toi prendre de haut par des gens qui croient encore que bosser en talons et en cravate a de l’impact sur l’efficacité d’une personne au travail.

Des gens que des articles comme celui-là étonnent.

Des gens qui ont fait trop de latin : c’est pas de leur faute. On leur a appris que « travail » ça venait de « tripalium » – bien avant que la série d’Arte n’existe. Ils ne savent pas que ça n’est même pas sûr, comme étymologie. Mais vu que le tripalium, c’était un instrument de torture…Dans leur tête, le travail, c’est forcément quelque chose de pénible, de dur, d’exigeant. C’est dans la pression que ça se fait, on ne peut pas être heureux de travailler. S’y ajoute cet élitisme à la noix qui continue de bercer la France dans son mythe de « l’excellence à la française. » Morte depuis un bout de temps, sauf dans quelques domaines – incluant la gastronomie, la danse classique et la mode. Quelques secteurs écologiques aussi. Un peu de technologie. Rien de trop voyant.

Sauf que les français – en tous cas les jeunes français -, ce sont des petits capricieux : maintenant, ils veulent choisir dans quoi exceller. Et en plus, vous savez quoi ? Ils veulent même se payer le luxe d’aimer ce qu’ils font, les enflures.

Vous êtes pas rendus avec notre génération de touche-à-tout bourrés d’idées.

Tremble sur ta chaise, travail de mes deux : je te couperai la tête au nom de la Reine de Cœur. Quand tu seras devenu mon trophée, je te changerai en jouet…Et tous les deux, on pourra s’amuser. Raconter.

Jouer.

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