Rien que pour cette tentative de trait d’esprit, vous avez le droit de ne pas lire cet article.

C’est peut-être une question à laquelle la réponse semble évidente, mais je me suis toujours interrogée sur ce chiffre. Pourquoi « quatre » saisons ? Pas trois ou cinq, mais quatre. Précisément, quatre. En soi, ça n’a l’air de rien, quatre. C’est confortable, quatre. C’est récurrent : quatre éléments, quatre points cardinaux, quatre saveurs, quatre membres, quatre-quarts. Le nombre de recettes où il faut « quatre œufs »  – ou « trois gros œufs, » les cuisiniers/ières le savent. Douze mois, c’est divisible en quatre, certes. Mais pas que. C’est divisible par deux, aussi. Par trois. Par six.

quatre-saisons

Non, non : ces quatre-là

Plus encore que le choix du chiffre, cependant, c’est aujourd’hui la totale absence d’adéquation avec les saisons actuelles qui me sidère. Déjà, l’hiver : censé commencer en décembre et finir en mars. En toute sincérité, est-ce que quelqu’un trouve que cette période correspond encore à sa prise, ou sa rupture de fonction ? L’hiver moderne, c’est dès le mois de novembre. La preuve : il caille. Mi-fin-novembre, environ. Il pleut à verse, on sort les bonnets et les écharpes, et parfois même, un début de neige arrive à l’improviste poser ses pieds blancs qui fondent sur la table basse. L’automne ? Rétréci à la cuisson, et devenu beaucoup plus tendre. Il prend ses quartiers en août, et les termine en octobre. Non, franchement : ça fait un moment que la France n’a pas connu un mois d’août sortable sous l’étiquette « été. » Celui-là, d’ailleurs, parlons-en : il a l’exquise générosité de commencer en mai, mais s’achève fin juillet sous de gros nuages gris boudeurs. Quant au printemps, « saison des amours » et « des fleurs » et « des naissances, » laissez-moi pouffer. En faisant preuve d’objectivité, il convient d’admettre que le printemps d’aujourd’hui ressemble plus à une bouillasse détrempée de la météo qu’à une floraison de senteurs. En fait de « prin-temps », c’est surtout un rince-tempes.

C’est pourquoi j’ai décidé, sous l’égide de mes deux compagnons, de renommer les saisons.

avatar-poussin-bleu Contribution avisée du Poussin bleu : « quoi-queue ne considérant pias les intempépies comme une nidche de la nature, j’aurais à cœufr  de couver une serretaine  réticence à picorer dehors les jours de pluie. Piou n’est b-oeufsoin de se gratter les mésinges pour visualizée l’incondor d’un bon déjeuner graminé tout mouillé. Or, de semblables bartramies tendent à frégatement se multiplier, et je ne dindombre plus les oies où ma pitance couvait plus d’eau en son aile que de nourriture. C’est un désagrèbement notoire, peu médiatisé, dont mes cormorades à plumes souffrent. Nous, volailles et volatiles de France et d’aileurs, réclamons au climat de resbecter nos heures de milanger. Aussi popoulaire qu’il soit à titre de sujet, il néglige de ne pleuvoir que ce qu’il est nécessaire : en un mot, il fait du zaile. Qui pie z’est, le jour de mon éclosion ne faisan pas honnœufr à la tradition des couvaisons printanières, je ne peux qu’aglousser l’initiative de ma cocolocataire. Une réforme serait plume que bienvoeunue.  

Suivez mon raisonnement :

De novembre à février, la caractéristique principale qui se dégage sans appel de cette période, quelle est-elle ? Le froid, oui, mais pas que. La pluie, aussi, mais la neige également. D’abord et avant tout, l’emblème indétrônable de ce tronçon d’année, c’est l’activité de votre carte vitale. Du 20 heures aux actus web, on a que ça à la touche : « pics viraux », « répartition des pandémies en régions », « risques de ceci-celà. » Et résultat, on choppe la crève. Petite, grosse, on s’en fiche : elle nous les scie de toute manière. Novembre-février, c’est la saison contaminée. Le printemps des virus et des bactéries en tout genre. C’est pourquoi, en lieu et place de cet « hiver » qui n’évoque à personne l’idée de prendre d’avance un rendez-vous prévoyant chez son généraliste, je propose celui « d’épidiver. » Voilà, comme ça, au moins, c’est clair. On sait à quoi s’attendre. Qu’il va faire humide, que les températures deviendront aussi négatives que notre moral, que les carences en vitamine D approchent au grand galop…Bref, qu’on va tomber malade.

man with towel breathe balsam vapors to treat colds and the flu

Et qu’on va devoir sous peu s’astreindre à ce type de rite ridicule

Peu de temps avant, l’automne a tendu à s’assagir. S’il détruit les vacances d’été en essorant son linge au-dessus de nos têtes en août, il étend jusqu’en novembre un prélude appréciable, parfois même chaleureux, avant la tempête médicale. Il relève plus, à présent, d’une sorte de redoux à peu près clément, au cours duquel dégainer un manteau est excessif, mais sortir en chemise n’est plus envisageable. Triomphent alors, durant cet interlude, le port de la célèbre veste-de-demi-saison, les intemporels jumeaux de l’assonance blouson/blazer, ou dans les cas de frilosité extrêmes : du Trench. L’automne qu’on a pourtant, ingrats, uniquement retenu sous les couleurs de celui qui amène la morosité et la déprime, la mort des feuilles, la prolifération des champignons vénéneux, la pluie en rideaux et la rentrée des classes. Face à ce manque d’indulgence qualifié, je me dresse, poussin sur l’épaule, stylo à la main et bottes aux pieds. L’automne est aujourd’hui ce qu’autrefois le printemps était : une saison douce, dont la fin est brutale, certes, tranchée d’un geste par les vents pernicieux et microbiens de l’épidiver. Voilà comment j’en suis arrivée à lui donner, à cet hybride mal considéré, le nom de « printomne. »

Oui, parce que « autemps… »

Bon.

Succédant à son impitoyable voisin contagieux, l’ancien bébé chéri de Vivaldi a perdu beaucoup de ses accords primesautiers. Les jolies notes joviales et dansantes de la plus célèbre partie de cette oeuvre n’ont plus grand-chose en commun avec le visage usé de l’individu qui occupe désormais l’intervalle entre février et mai. Peut-être parce qu’il doit balayer les ravages de son prédécesseur, peut-être fatigué de devoir, depuis si longtemps, incarner la joie de vivre, le renouveau et l’amour, peut-être pour une autre raison encore : il a complètement oublié son devoir.

Commentaire de La Rageuse : ça n’empêche aucunement ces ballets sans fin de symbiotes quadrupèdes qui se répandent inlassablement dans l’espace, en ponctuant chacun de leurs déplacements par des succions inesthétiques, ventousés l’un à l’autre, et passionnément absorbés dans l’égoïste exhibition de leur bonheur salivaire. L’horloge animale se réveille chez l’être humain dès le mois de mars, après avoir pris le temps de bailler depuis le jour dit « des chocolats roses » de la mi-février. Deux semaines seront nécessaires afin que l’instinct primitif de ces grands singes nus les pousse vers le quidam lambda, assigné au devoir de les rassurer quant à leur respect du cycle émotionnel prêté aux saisons. Tout va bien. Ils sont normaux. En bonne santé saisonnière : ils ont « quelqu’un. » Et trois mois durant, ils seront aussi aveugles que des taupes perdues dans le Sahara, occupés à diffuser cette confortable certitude devant les yeux de qui croisera leur route.    

Triste, frigorifié, le printemps du vingt-et-unième siècle déverse ses giboulées et ses courants froids pendant deux longs mois. Il oblige au port du pull en avril, il rechigne à se rétracter avant mai. Il est gris, et il y pleut. Dans ces conditions, je l’ai baptisé « grisieux. »

Et enfin, terminant le cortège des saisons modernes, l’été se prélasse entre mai et juillet. Il débute en musique, et il finit en vacances. « Musance » ou encore « Solate » étaient des candidats recevables à titre de baptême. Mais n’ayant pas réussi à me décider, je demande votre avis sur celui qui lui conviendrait le mieux.

Sachez toutefois, qu’à titre tout à fait personnel il est la saison contemporaine que j’attends le plus souvent. Sa chaleur me détend, et bien que mes yeux fuient le soleil, sa présence m’est apaisante, c’est la berceuse de mon thermostat.

En secret, je l’avouerais, je ne me vois pas lui donner d’autre nom que « merci. »

Copyright Photo : http://canelle49bis.unblog.fr/2010/07/28/quatre-saisons/

http://ageheureux.centerblog.net/35746-le-reflet-des-couleurs-des-quatre-saisons-une-annee

http://www.medisite.fr/le-rhume-soigner-un-rhume-naturellement-et-rapidement.837541.196467.html

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