Aujourd’hui, dans la foulée des salutations, je me dois d’introduire auprès de vous le troisième individu qui partage mon quotidien, après la Rageuse. Notons que dans son cas, je devrais plutôt parler de « demi-compagne, » elle n’est pas un être à part entière.

Si j’ai mis autant de temps à le faire, croyez bien que ça n’est pas par méfiance à votre égard. Mais lui, est un peu timide, et n’a pas l’habitude de s’exprimer en public.

C’est le Poussin bleu.

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Depuis une douzaine d’années maintenant, il est mon partenaire de route. N’étant pas dans la capacité de suivre mes enjambées, il se perche la plupart du  temps sur mon épaule, sur mon chapeau, dans ma capuche, en clair : où il lui semble opportun de nidifier.

Le Poussin bleu, bien qu’assez peu bavard, a lui aussi, beaucoup de choses à dire. Il commente volontiers à mon oreille ce qu’il regarde en même temps que moi, et régulièrement, je le sais, il voudrait intervenir.

Par exemple, il s’est hautement offusqué du traitement de la gent ailée dans le film  Cigognes et compagnie, en arguant que son semblable, quoiqu’aîné, – le poulet – y était représenté d’une manière qu’il estime dégradante. De son point de vue, Chicken Run (2000) avait su traiter avec bien plus de finesse – et d’humour – ce handicap douloureux avec lequel les habitants les plus célèbres de la basse-cour composent toute leur vie : l’impossibilité d’user de leurs ailes pour voler. Il n’est aucun auteur d’album qui le fasse plus danser de joie que Claude Ponti, seul homme à sa connaissance à s’être intéressé d’aussi près aux us, coutumes et autres paramètres de la communauté poussine. Chaque Pâques m’occasionne une sérénade de sa part, tandis qu’il me supplie de choisir une cloche, un lapin, un poisson en chocolat plutôt qu’une poule ou un œuf.

Il est, de surcroît, un colocataire de première importance. Volatile de ménage exemplaire, il traque la moindre miette fuyant sur mon plancher avec acharnement – et appétit. Militairement, il me réveille tous les matins sans erreur avec le pépillement le plus efficace qui soit pour m’extirper de mon sommeil. S’il s’agit de nourriture, il se contente de très peu : contrairement à ses semblables jaunes, il ne mange pas de grain. Non. Son régime premier se compose à 90% de sucre, et à 10% de ce-qui-passe-par-là.

Mais plus encore que tout ça, le Poussin bleu a un secret. C’est un chercheur, un chercheur docteur en réjouissance et en apaisement qui a inventé le plus efficace des antidépresseurs. A double effet, d’ailleurs : il fait aussi antidouleur. Il l’a baptisé le « Lexoprane. » Je n’en connais pas la composition, cependant je peux assurer qu’il n’a pu le fabriquer qu’avec ce qu’il a trouvé dans ma cuisine. Il est trop petit pour accéder à la pharmacie. Personne ne saura jamais qu’il en est le créateur, il le sait bien. N’allez pas croire qu’il renonce à le distribuer : il ne manque jamais une occasion d’en donner si je reçois de la visite. Il refuse de le commercialiser, les questions de finance lui sont un peu trop étrangères. En fait, la notion d’argent lui est toujours assez floue : je n’ai pas encore réussi à la lui expliquer.

C’est pourquoi, à partir d’aujourd’hui, non seulement la Rageuse…Ragera, comme de juste, ponctuellement au fil de mes articles – elle l’a déjà admirablement fait lors de mes dernières critiques cinéma -; mais le Poussin bleu pourra s’autoriser également à intervenir. Les « billets du Poussin bleu » apparaîtront soit dans le corps même des articles, soit en dehors, il en décidera.

J’en appelle à votre indulgence, en ce qui concerne ses éventuelles fautes de frappe : il n’est pas évident pour lui de sautiller d’une touche à l’autre sur mon clavier. Je passerai derrière pour corriger autant que faire se peut, mais je ne garantis pas toujours de pouvoir être infaillible. Je compte sur votre assistance, afin que vous me signaliez toute coquille de sa part. Il en présente ses excuses d’office.

Akem Syl’.#

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