Attention : la date de « première sortie » est de mémoire…Je me souviens avoir joué au premier chapitre sur un site de jeux flash en ligne avant 2016. Mais sur le site officiel de Launching Pad Games, ils ne laissent que la date de sortie définitive de la trilogie complète.

Vous aimez les jeux de plate-forme ? Vous aimez les puzzles et vous creuser la tête ? Vous aimez l’Angleterre et la prestidigitation ? Vous avez tapé à la bonne porte dimensionnelle. Installez-vous confortablement dans votre siège, le spectacle va bientôt commencer…

Ce soir, vous assistez à la performance du Grand Lorenzo – alias Lawrence –, un jeune magicien plein de ressources accompagné de sa fantastique assistante, Eliza. Pour la première fois à Londres, il a su impressionner le propriétaire d’un grand théâtre. Il a gagné sa place sous les feux de la rampe. Reste le plus difficile : convaincre le public londonien…Et pour ce faire, Lorenzo a prévu un tour impossible à concurrencer : équipé du cadeau d’Eliza, il défie les lois de la magie afin de mériter sa place au Panthéon des magiciens. Ce cadeau, c’est un mystérieux livre qui contiendrait, selon sa couverture, des « formules magiques élémentales ». Or, c’est sa formule la plus impressionnante que Lorenzo invoque devant son audience un peu aigre : l’ouverture d’une porte vers un monde inconnu.

Un grand fracas ébranle la salle. L’estrade et le sol tremblent. Ceux qui, quelques secondes auparavant étaient les plus sceptiques ouvrent des yeux ronds comme des palets bretons. Devant eux, aux côtés de Lorenzo et d’Eliza eux-mêmes médusés, un encadrement bleuté et lumineux vient de se découper dans l’espace…Et s’en échappe subitement un violent courant d’air, qui entraîne malgré eux tous les occupants du théâtre. Y compris le magicien et son assistante.

Heureusement, ce voyage imprévu ne s’avère pas mortel : Lawrence se retrouve dans un endroit inconnu, sans la moindre idée de comment repartir au théâtre, ni très clairement de ce qui lui est arrivé. Qu’est-il advenu de son public ? Y a-t-il un moyen d’inverser le processus ? Et surtout…Sa douce et aimable Eliza a-t-elle eu autant de chance que lui ?

Autant le préciser tout de suite : The Pretender occupera moins de soirées que Danganronpa : Trigger happy havocprécédemment critiqué. Sa durée de vie se rapproche plutôt de Mermaid Swamp, même si son gampelay et son ambiance en diffèrent complètement. Bien qu’il compte trois chapitres de près d’une trentaine de niveaux chacun, ses énigmes n’ont pas la prétention d’être insolubles. Le jeu se présente comme un jeu de plate-forme, doublé d’une bonne couche de puzzle game. Le principe est simple : au fil des niveaux, Lorenzo aura la possibilité de s’approprier les capacités des quatre éléments de base – plus un dernier à partir du chapitre 2 -, et par le fait, de franchir certains obstacles. Le but de chaque niveau est de récupérer les âmes des spectateurs une par une, puis de les escorter jusqu’à une porte qui leur permettra de revenir au théâtre.

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Peu importe le « Golem » en lequel Lorenzo se transforme, il conserve toujours son fidèle haut-de-forme… Mais gentleman ou pas, détruire ce rocher ne lui posera aucun problème : l’élément Terre autorise tous les dégâts !

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En parlant de dégâts, ceci dit…Quoi de plus approprié que le Feu ? Les ronces vous gâchent la vie ? Attention…

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Magie ! Disparues. Grâce au lance-flamme, on dégage la vue !

Cependant, plus le joueur avance, plus les choses se compliquent : certes, les éléments offrent à Lorenzo des pouvoirs plutôt impressionnants – déplacer des charges lourdes, traverser le feu sans dommage, planer sur les courants ascendants ou encore se mouvoir dans l’eau avec la facilité d’une sardine –, mais ils lui confèrent également leurs faiblesses. Par exemple, l’élément air le rend aussi léger qu’une plume…Ce qui peut être contrariant lorsqu’il se retrouve à s’envoler au moindre souffle de vent qui peut l’expédier où bon lui semble. Selon la configuration du niveau, le joueur devra donc planifier quels déplacements Lorenzo doit effectuer et dans quel ordre, afin de franchir tous les obstacles et de ramener tous les spectateurs sans erreur. Il faudra réfléchir avant de détruire tel ou tel obstacle, s’interroger sur l’utilité de la présence d’un des socles élémentaux qui donnent ses capacités de transformiste à Lorenzo. « Aller sur cette plate-forme ? Oui, d’accord, mais est-ce qu’il faudra revenir en arrière, et si oui, est-ce que j’en ai la possibilité ? » Voilà la type de raisonnement qu’on finit par « attraper » à force de jouer à ce jeu.

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Grâce à l’Air, à vous les hauteurs…Plus encore que Luke, c’est vous, le « Skywalker* »

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Néanmoins…Ah. Là, en bas, à droite.  Vous le voyez ? Une situation problématique à force de flotter : propulsé par le courant, Lorenzo est coincé ! Les deux morceaux de plate-forme le bloquent des deux côtés, et pour redescendre, il est trop léger ! 

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Attention également à ne pas aller nager avec le mauvais élément : Normal, Feu et Terre couleront à pic sans possibilité de remonter, quant à l’air, impossible pour lui de plonger 

Les créateurs de cette trilogie ont fait preuve d’un esprit bien tordu à certains endroits pour titiller les méninges des joueurs – en particulier dans les épisodes 2 et 3. Et pour cause, en partant d’une idée toute simple, ils ont déroulé le fil jusqu’au bout de la pelote. Chacune des capacités de Lorenzo va lui permettre de plus de plus d’interactions avec des objets multiples. L’air permet de flotter ? Mais aussi de provoquer des courants d’air qui peuvent déplacer des objets sur de longues distances. L’eau offre la possibilité de nager sans souci ? Mais également de faire tomber la pluie. La terre garantit une force décuplée ? Et immunise le joueur contre le feu. Plus les niveaux se succèdent, et plus le joueur devra garder en mémoire toutes les capacités de Lorenzo pour échafauder le plus de plans possibles afin de sauver son auditoire.

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L’Eau est le seul élément qui permette à Lorenzo de se déplacer comme il le souhaite en milieu liquide…Et bien sûr, la seule à pouvoir le débarrasser les incendies…

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…Et pour nourrir les graines et former de nouvelles échelles, c’est encore à elle qu’il faut faire appel

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Le cinquième élément, ou « Normal, » offre à Lorenzo de matérialiser des ponts. Cependant, ils ne sont pas seulement des passerelles vers d’autres plate-formes…Tenez, celui de droite, qui est encore translucide, pourrait bien servir à bloquer ce courant ascendant, par exemple…

Encore une fois, les puzzles n’ont rien d’inaccessible. Cependant, ils ne se résument pas à de gentilles plaisanteries : le jeu est parfois confondant tant on a tendance à se limiter soi-même en bloquant devant des évidences. C’est, dans une moindre mesure, du même handicap qu’il faut se délivrer quand on essaie de résoudre l’énigme des neuf points dans Les Fourmis (1991) de Bernard Werber**. Et quand la solution se profile, on ressent soudainement le même soulagement et le même bonheur qu’en ayant trouvé le résultat attendu d’une équation mathématique.

Il n’y a qu’à moi que ça donne ce plaisir ? D’accord. Regardez ailleurs cinq secondes, que je puisse faire comme si rien n’avait eu lieu.

A propos de lieu, justement, les niveaux s’échelonnent par blocs de difficulté dans le premier jeu – quatre sections : débutant, facile, moyen et difficile. A partir du second, ils s’agencent en blocs « thématiques », en lien avec les lieux que traverse Lorenzo dans son périple – par exemple, « sous-marin », « falaises », « grottes » et « montagnes » dans le 2. Un changement qui ne contribue qu’à immerger un peu plus le joueur dans l’aventure, on ne va pas s’en plaindre. Et à ce sujet, certes, l’histoire n’est peut-être pas très approfondie. Mais même si relativement simple, elle n’est pas si stéréotypée que ça…A vrai dire, j’aurais aimé que les créateurs du jeu s’y attaquent vraiment en profondeur. Les personnages ont beau être très épurés, à peine quelques lignes de dialogue chacun…On s’y attache rapidement. Peut-être est-ce cette sobriété qui réussit à convaincre, finalement empreinte d’une discrète poésie. Ou les graphismes du jeu, avec leur esprit « dessin animé à l’ancienne. » L’art design m’a fait penser à deux influences : les films d’animation de Sylvain Chaumet – et évidemment, en particulier L’Illusionniste (2010) – et la bande dessinée Théodore Poussin (1987-2005) de Frank Le Gall. Ceci étant, ne vous attendez pas à des cinématiques animées : on parle d’un jeu flash gratuit, les moyens n’y sont pas. Peu importe : à la place, la succession d’artworks suffit largement à planter le décor.

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Un morceau de cinématique, tout en dessin…Cette ambiance rétro en ravira sûrement certains

Néanmoins, s’il faut trouver un couac à ce jeu, je n’en verrai qu’un seul : la déplaisante tendance que Lorenzo a de rester « bloqué » entre deux plates-formes lorsqu’il grimpe une échelle. Le haut de son haut-de-forme racle sans doute trop celle du dessus, et ses talonnettes accrochent encore celle du dessous. Toujours est-il qu’il faudra insister souvent de la flèche droite ou gauche avant qu’il se décide à débarquer sur sa destination. Ce petit défaut a tendance à s’accentuer dans le troisième opus, pour une raison que je ne m’explique pas. Mais c’est le seul problème de jouabilité notable, d’autant que celle-ci ne requiert pas énormément de commandes : barre d’espace, flèches directionnelles, point. Et malgré quelques moments d’agacement où Lorenzo restera coincé sur son échelle, la bande-son reposante – seulement quelques « bruits » de nature au fond, aucune musique hormis celle du menu – aura tôt fait de calmer le joueur. Dans le pire des cas, il peut toujours revenir au menu principal, écouter le violon de l’unique thème du jeu. Assez joli d’ailleurs. C’est dommage que même les cinématiques n’aient pas de bande-son.

Je ne peux pas critiquer un jeu flash comme un jeu classique – ce serait être d’une mauvaise foi excessive, même pour moi. Cependant, celui-ci m’a paru tellement réussi que je pouvais pas passer à côté. Il est simple, joli, agréable à jouer, idéal pour faire une pause sans laisser ramollir ses neurones.

Vous vous sentez l’âme d’un prestidigitateur maître des puzzles et des éléments ? C’est par ici que vous pourrez le prouver – et en plus, sans rien payer – !

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* Oui, vous avez le droit de me détester pour cette blague.

**Si vous ne connaissez pas l’énigme des neuf points, la voici :

Comment relier ces neuf points par quatre droites sans jamais lever le crayon ?

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