Voici maintenant quelques années qu’un sujet particulièrement alimenté est apparu dans les médias classiques – un peu – et sur la toile – beaucoup. Un sujet sur lequel nombre de projets créatifs ont été entrepris depuis, sans qu’ils soient tous connectés. Et un sujet sur lequel on ne sait pas quoi faire : le « harcèlement de rue ».

Aucune condescendance de ma part dans l’utilisation des guillemets. Je les utilise pour ceinturer les termes et les mettre en relief.

Suite à l’affaire Denis Baupin, ce thème est revenu en force dans les médias de toute espèce, en profitant de la visibilité de son grand frère : le harcèlement sexuel. Difficile de remonter jusqu’à la première personne à avoir évoqué le sujet. Dans le désordre, on peut au moins tenter de regrouper à peu près tout ce qui a été entrepris dans ce domaine. Des livres ont été écrits, comme Non, c’est non – Petit Manuel d’autodéfense à l’usage des femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire (2008), par Irène Zeilinger. Remontant jusqu’à 2010, il y a le film d’Éléonore Pourriat, Majorité Opprimée qui a mis en scène un monde dans lequel les socialisations des hommes et des femmes étaient inversées. Sur le plan du harcèlement de rue, ça change des choses, dans le film. Au niveau visuel, il y a eu cette vidéo virale (2014) publiée par le site Hollaback, montrant une jeune femme américaine filmée en caméra cachée dans la rue. Le but de ce film était d’évaluer combien de sollicitations elle recevait de la part d’hommes, et surtout de quelle façon celles-ci étaient formulées ou signifiées, en l’espace de 10 heures. Il y a eu celle-là aussi la même année, pour inspirer des réponses à celles qui manqueraient d’idées dans ce type de situation. Puis, en Europe, a suivi le travail de cette étudiante belge, Sofia Peeters à peu près calquée sur le même modèle et qu’elle a intitulé Femme de la rue (2015). Enfin, l’émission Cam Clash y a également consacré un épisode encore disponible sur YouTube en 2015 aussi. Les expériences sociologiques se sont multipliées. Quelques statisticiens se sont rués sur la question. On a commencé à creuser le problème.

Et puis il y a eu d’autres témoignages : celui d’Anaïs Bourdet, la créatrice du groupe Facebook féministe Paye Ta Shnek, qui a fait le tour d’internet cette année. Il ne porte pas strictement sur le harcèlement de rue, mais veut attirer l’attention sur la perception et l’éducation féminine dans la société d’aujourd’hui. Celui de la dessinatrice Diglee cet été, posté sur son blog, qui elle aussi fait le tour d’autres sujets en plus de son récit. Le lancement du Projet Crocodiles depuis 2013, visant à « éduquer les harceleurs » aussi bien que les « témoins de harcèlement » sous forme de BD – cette fois les guillemets sont là par souci de citation. Depuis mars 2015, il y a eu la fondation du tumblr Répondons ! Qui a pris le relais de son groupe Facebook consacré, où les personnes confrontées à ce type de comportement étaient invitées à partager leurs expériences. Groupe s’il en est, soumis à des conditions de post très strictes du point de vue du langage. D’autres blogueuses se sont attelées au sujet, et parfois depuis bien avant cette date : le Commando Culotte écrit et dessiné par Mirion Malle (2012 pour ce post, par exemple) qui ne parle d’ailleurs, pas que de ce thème-là; le tumblr Bitchcraft de Jack Parker qui compte – entre autres – un témoignage de 2014; le site de Garance, normalement plutôt orienté sur les violences conjugales mais qui propose ici des témoignages audio de résistance à des agressions; la BD très détaillée de MarionPointComm, qui avait souhaité répondre à un commentaire particulier visant le témoignage de Jack Parker mentionné plus haut – on apprend d’ailleurs à la fin que l’auteur du commentaire aurait présenté des excuses -, et tout ça, c’est pour la France. Chez nos cousins américains, on peut trouver Hollaback, déjà mentionné, un site entier qui se propose de lutter contre le harcèlement dans l’espace urbain, et j’en passe beaucoup d’autres que je ne pourrais pas tous lister.

J’ai parlé de YouTube, et je n’ai pas cité la websérie Le Meufisme, qui y consacre cet épisode dans sa première saison, plus spécialement centré sur un harcèlement de nuit, en 2014. Et Marion Seclin, qui en mai 2016 a également décidé de se lancer dans une vidéo à usage presque pédagogique, afin d’expliquer le pourquoi du comment aux autres concernés, soit d’après la vidéo : « majoritairement des hommes ». Vidéo qui a fait l’objet d’un contre-argumentaire virulent de la part du Raptor Dissident, que vous pouvez trouver ici. Marion Seclin a  refait une seconde vidéo suite à ça pour préciser son intention, si vous voulez suivre le détail des argumentaires, vous la trouverez là.

En ce qui concerne la vidéo du dinosaure écarlate, elle a elle aussi rencontré son nombre de critiques*. Il faut savoir que le ton particulièrement agressif de son créateur fait partie de sa marque de fabrique : il n’a pas fait d’exception pour ce sujet-là. Sans doute grossit-il également le trait de ses réponses, en forçant sur son personnage grincheux. Interpréter la vidéo au premier du premier degré serait une erreur. Evidemment, elle est bien bigornée : elle se trouve pile sur la frontière ou il est permis de se poser la question. « Alors il plaisante, ou pas ? » Oui, il donne à ses propos une tonalité un peu trash, donc ça leur applique un filtre qui les exagère. Mais non, il n’est pas d’accord avec les arguments de Marion Seclin – à noter qu’il est une des rares personnes à avoir posté une critique complète sous forme vidéo sur le sujet, avec cette position-là. La plupart des personnes qui partagent son avis ne s’exprime pas forcément par des biais aussi nombreux que tous ceux cités au-dessus.

Pour terminer dans mon secteur préféré : il y a même eu un court-métrage d’animation dessus. Il est là, il sort de l’ESMA, et en plus il est en musique.

Cette liste non-exhaustive regardée, on constate que le sujet a été traité principalement par des personnes se revendiquant – avec plus au moins d’insistance – du féminisme. Et le féminisme est un pack de thèmes qui a fini par en dégoûter certains. Parce que parmi les féministes, comme dans tout grand groupe d’individus, personne n’est à l’abri de tomber sur quelqu’un de désagréable, voire de franchement insupportable. Même chose pour les dragueurs de rue – dont je pense que le groupe doit être d’une dimension à peu près comparable. En même temps, c’est à peu près la seule chose que ces groupes ont de comparable: ils ne reposent pas sur les mêmes motifs de fondation, et si dans l’un des deux, il y a une forme de conscience d’être un groupe, ce n’est pas le cas pour le second.

Ceci dit.

Et maintenant, on fait quoi ?

Par souci d’impartialité – et un peu par curiosité inutile –, j’ai décidé d’aller faire un tour du côté des gens que ces témoignages énervent, ou font rire. A première vue, je ne voyais pas comment on pouvait s’opposer ne serait-ce qu’à ce postulat : il y a un problème. Suite à cette enquête, j’ai fini par connecter quelques neurones et la lumière s’est faite devant mes récepteurs optiques : ces personnes se classent – grossièrement parlant – en deux catégories. Les « niant » et les « critiques ». Les niant sont ceux, on s’en doute, qui nient en bloc l’existence même du problème. « Ça ne peut pas être à ce point », ces témoins « exagèrent » ou « provoquent », elles « se trompent d’intention de la part de leurs agresseurs », en clair : « il n’y a pas de problème, il n’y a donc pas à en discuter ». Les critiques de leur côté, souhaitent nuancer le débat. Il y a effectivement un problème, là-dessus, ils sont d’accord avec toutes les personnes que j’ai citées plus haut. Mais ils voudraient préciser lequel. Ils peuvent se sentir eux aussi, concernés par un trouble plus ou moins équivalent – confère le Raptor, qui suggère que les individus pointés du doigt par les témoins de harcèlement de rue seraient les mêmes qui importunent certains hommes, d’une autre manière. Auquel cas, il faudrait « dé-genrer » le propos, et ne plus en faire un sujet qui touche seulement les femmes. Les critiques, donc, voudraient aussi se documenter. Ils voudraient approfondir. Et souvent, ils se heurtent très vite à un mur aussi solidaire vis-à-vis de ses propres atomes qu’indisposé à la discussion sur ce terrain. C’est compréhensible autant que contre-productif. D’un côté, les personnes ayant été des victimes – au sens le plus juridique du monde – d’insulte répétée, voire d’agression sexuelle dans la rue n’ont pas forcément envie de répondre aux questions, même formulées avec la meilleure des intentions, d’inconnus. Elles ont sans doute dû faire un effort considérable pour fournir leur témoignage, et après ça, ne veulent pas autre chose qu’obtenir du soutien, ou dans le cas idéal, une reconnaissance de leur statut légal de victime. De l’autre, ceux qui souhaitent comprendre le « harcèlement de rue » et la condition de ces femmes ne peuvent pas se mettre à leur place. Ils peuvent s’interroger, ou par exemple, demander si telle ou telle remarque tient ou non de ce fameux harcèlement. Demander aux personnes concernées si à leur avis, le port d’une tenue légère n’appelle pas à la remarque – comme dans le film d’animation. Ils peuvent essayer de comprendre comment tant de gens peuvent ne pas être d’accord avec quelque chose qui leur semble évident. Autre exemple : pourquoi un compliment ne fait pas toujours plaisir ? Pour certains, ça peut sembler aberrant, voire vexant de ne pas obtenir un « merci » en échange. S’ils ne peuvent pas discuter avec des personnes qui leur exposeront un avis contraire, ils ne pourront pas mieux faire avancer le débat – et réciproquement. Ni dans leur tête, ni sur le net, ni nulle part.

Tout ça recoupé, s’y ajoute l’interdiction du harcèlement de rue dans le Comté du Nottinghamshire au Royaume-Uni, qui a elle aussi fait débat en juillet 2016. Le Courrier International s’était attelé à la publication d’un débat sur ce thème dès janvier. Un détail pourtant, apparaît en filigrane de tous ces éléments : on a un gros souci de manque de définition. « Alors comme ça, on n’a plus le droit de parler dans la rue ? » Ce genre de commentaire en est symptomatique. Entre « parler » et « harceler », bien sûr qu’il y a une différence. Force est de croire qu’elle n’a pas été assez bien soulignée dans ce qu’on appelle « harcèlement de rue ». Parce qu’en effet, d’après les témoignages, ces termes rassemblent énormément de choses différentes : insultes, coups, agression sexuelle, prise en « filature », exhibition subie…La liste est très longue. Trop ? Pour savoir, il faudrait revenir à la définition. Qu’on n’a pas.

Répondre à la question : « qu’est-ce qu’on entend au juste par « harcèlement de rue » ? » n’aurait pas été assez clairement étudié. Pour essayer de le faire, je vais commencer par faire appel à mon amour de longue date : le TLF.

Les définitions et extraits de définition qui vont suivre sont la propriété du Trésor de la Langue Française Informatisé.

« HARCÈLEMENT, subst. masc. : Action de harceler.

A.  [Correspond à harceler A] Poursuite incessante qui fait subir des désagréments physiques. « Le harcèlement constant des moustiques et des tsé-tsé nous fait abandonner Liranga sans regrets » (GIDE, Voy. Congo,1927, p. 708).

ART MILIT. Harcèlement de l’ennemi; tactique de harcèlement. « De plus en plus mal inspiré, Kourbouqa, au lieu de recourir à l’habituelle tactique turque de harcèlement par un tourbillonnement d’archers à cheval, attendit la charge massive des chevaliers bardés de fer qui écrasa tout » (GROUSSET, Croisades, 1939, p. 39).
Guerre de harcèlement. Guerre dont la tactique est d’épuiser l’ennemi en d’incessantes attaques. Synon. : guérilla. « Faute d’avoir ainsi pratiqué le détail de la guerre, et de cette guerre légère de harcèlement et d’escarmouches, bien des officiers-généraux, quoique braves, se trouvent ensuite fort embarrassés quand ils commandent des corps détachés dans le voisinage d’une armée ennemie » (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 13, 1851-62, p. 47).
Tir de harcèlement. Tir incessant destiné à ne laisser aucun répit à l’ennemi. « Nous allions opérer un tir de harcèlement sur les objectifs allemands invisibles, situés au-delà des hauteurs du nord » (ARNOUX, Roy. ombres, 1954, p. 43).
B.  [Correspond à harceler B] « Il y a tout un public et un ordre d’esprits sur lesquels cet ingénieux harcèlement n’a jamais de prise » (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t. 9, 1851-62, p. 372). « Je n’insiste pas sur les esprits supérieurs, ou se croyant supérieurs, qui échafaudent, sur les reviviscences et les harcèlements de leur moi, des théories compliquées et transcendantes » (L. DAUDET, Hérédo, 1916, p. 72). V. corrida A ex. de Mauriac.
Prononc. : [] init. aspirée. Étymol. et Hist. 1632 (MONET, Parall. ds GDF. Compl.). Dér. de harceler*; suff. -(e)ment1*. »

Passons maintenant à « rue » :

RUE1, subst. fém. :
A.  Voie de circulation bordée de maisons dans une agglomération.
1. [La rue est un espace qui est décrit (dans sa structure, dans ses caractéristiques)] « Les pavés des rues brillaient sous le soleil quand ils rentrèrent dans la ville » (FLAUB., Éduc. sent., t. 2, 1869, p. 156):

  1. « Et la première rue à droite, je ne sais pas comment elle s’appelle: pas plus de plaque que de numéros, est laide. Pittoresque, je ne dis pas non: une sorte de boyau tortueux, magnifiquement sale, et grouillant d’une cohue bien bigarrée. » (FARRÈRE, Homme qui assass., 1907, p. 134.)

Rue couverte. Rue commerçante abritée par un toit, par une verrière. « Il lui montra trois femmes, sous la rue couverte, entre le pavillon de la marée et le pavillon de la volaille » (ZOLA, Ventre Paris, 1873, p. 676).
Rue piétonne (v. piéton2), piétonnière (rem. s.v. piéton2).
[Dans des expr.]
« À tous les coins de rue. Souvent, fréquemment. Dans ce vieux Rouen où je me suis embêté sur tous les pavés, où j’ai bâillé de tristesse à tous les coins de rue » (FLAUB., Corresp., 1845, p. 167).
« Vieux comme les rues. Très vieux, banal. Son désespoir après le départ de la grue, Le duel avec Gontran, c’est vieux comme la rue » (VERLAINE, Œuvres compl., t. 1, Jadis, 1884, p. 382).
[…]
SYNT. Rue asphaltée, bordée de maisons, écartée, étroite, défoncée, encaissée, ensoleillée, illuminée, montante, obscure, pavée, pavoisée, silencieuse, sinistre, tortueuse, tranquille; belle, grande, immense, longue, petite, vieille rue, rue à arcades, plantée d’arbres; rue unique (d’un village); plan, réseau, enchevêtrement, dédale, labyrinthe des rues (d’une ville); balayage, nettoyage des rues; rue à sens unique; rue barrée, sans issue. […]»

A ceux que la lecture des dictionnaires ennuie, je ferais grâce du reste. Mais pour les autres, le lien en haut est à vous, il ne vous reste plus qu’à y taper le mot adéquat. Qu’on se le dise : c’est quand même un compagnon de premier choix pour chercher des définitions.

Recoupant ces deux paragraphes, on se retrouve avec : une « poursuite incessante qui fait subir des désagréments physiques, ayant lieu sur une voie de circulation bordée de maisons dans une agglomération. » Une dernière précision rapide sera nécessaire avant qu’elle soit terminée : « désagrément » ? Facile, même pas besoin du TLF. Quelque chose s’inclut dans les « désagréments physiques »…A partir du moment où c’est « désagréable », merci les racines. Parfait. Ce serait donc, d’après mon dictionnaire préféré, la définition du harcèlement de rue. Force est de constater qu’elle ne correspond pas aux témoignages reportés par les personnes qu’on peut lire sur les sites les publiant. Elle ne tient pas compte des insultes – fréquemment relatées –, par exemple. En revanche, elle recoupe : le fait de toucher quelqu’un sans son consentement – sans négociation, hé : par-dessus ou sous les vêtements, même caddie –, le fait de gêner le passage de quelqu’un dans la rue – bloquer son chemin pour forcer la personne en question à la discussion ou au contact –, les crachats – niveau désagréable, ça se classe pas trop mal – et les éventuels coups ou blessures – est-ce qu’on a vraiment besoin d’explication.

Le problème de cette définition, c’est qu’elle ne contient aucun acte qui « ne fasse pas subir de désagrément physique ». Fichue relative. Et c’est d’autant plus étrange considérant qu’une injure publique est juridiquement condamnable en France. Si elle est répétée, ou « incessante », pour rester collés à notre définition, elle peut tenir du « harcèlement moral », crime déjà recensé par la loi par ailleurs – du moins, dans le cadre professionnel. Et c’est précisément chez ces champions de la précision lexicale qu’il va falloir aller chercher de nouveaux organes pour fabriquer cette définition : les juristes. Qu’est-ce qu’ils appellent « harcèlement », eux ? On va voir ça tout de suite.

A noter qu’on va devoir parler de « harcèlement moral », attendu que « harcèlement » tout court, ça n’existe pas aux yeux du Droit.

Breu-hum :

« D’après le Code du Travail, article L. 1152-1, le harcèlement moral se définit comme tel : « Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique et mentale ou de compromettre son avenir professionnel ».

Plus précisément pour être qualifiable de « harcèlement moral », l’ensemble des actes imputés doit répondre au caractère suivant : ils doivent être « répétés. » Néanmoins, ils ne doivent pas être obligatoirement :

  • Rapprochés dans le temps – ils peuvent même survenir à plusieurs années d’intervalle, dixit l’arrêt n°11-1787 de la Cour de Cassation du 25 sept. 2012
  • Étendus sur une période longue, dixit toujours la Cour de Cassation, arrêt 09-71170, 6 avril 2011

De plus, les actes incriminés doivent avoir certaines conséquences – soit au moins l’une de ces trois catégories d’éléments, pas forcément les trois en même temps :

  • Porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, par exemple : humiliations, brimades/moqueries/insultes, « mise au placard », mesures discriminantes ou vexatoires. A noter que la présence de témoins sera un facteur aggravant pour l’accusé en cas d’humiliation.
  • Altérer la santé physique ou mentale du salarié, par exemple en nécessitant pour lui/elle d’être placée en arrêt maladie, ou d’être traitée par antidépresseurs
  • Remettre en question son avenir professionnel »

*Musique d’ambiance*

Pour leur contribution indirecte à la rédaction de ce paragraphe, merci aux Editions Tissot – spécialistes du Droit du Travail, la fiscalité et la comptabilité depuis 1972. Je vous aime.

coeur

 

Maintenant, à nous, c’est l’heure de jouer aux Lego :

Sur notre jolie brique TLFée, on va greffer un peu de Droit et ça nous donne : une « poursuite répétée d’agissements ayant lieu sur une voie de circulation de l’espace urbain dans une agglomération, susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité de la personne. Ces agissements peuvent comprendre :

  • Désagréments susceptibles d’altérer la santé physique et mentale. Par exemple : moqueries, insultes répétées, humiliation publique.
  • Agressions physiques, et/ou sexuelles

Pour être qualifiés de « harcèlement de rue », les agissements incriminés doivent répondre à au moins l’une des deux caractéristiques ci-dessus, pas nécessairement les deux.

De plus, pour répondre à l’accusation de « harcèlement de rue », les agissements incriminés doivent également présenter l’aspect suivant :

  • Ils doivent être répétés – pas nécessairement sur une période longue, pas nécessairement de manière rapprochée, de la même manière que le harcèlement moral au travail. »

Tudieu, que c’est beau. On dirait presque une vraie.

Et tout ça vous me direz, pourquoi ? Pour répondre à une bonne vieille liberté fondamentale à laquelle personne ne pense et qui est pourtant fichtrement pratique : « la liberté d’aller et venir ». Si, si, elle existe. Article 66 de la Constitution (1958). Et il faut admettre que, confronté(e) à quelqu’un qui met en pratique la définition au-dessus, elle est un chouilla compromise, cette bonne liberté.

Alors on l’a, notre définition du harcèlement de rue ! En plus, elle est parfaitement unisexe. A partir de là, ça va pour le mieux, on va pouvoir arrêter de se fâcher et tout ira bien.

Oui ?

objection

Eh non.

Notre superbe définition ne nous servira à rien.

Le harcèlement de rue ne peut pas s’apparenter au harcèlement moral tel qu’il est défini par le Droit. A cause d’un détail idiot : le second concerne une personne à titre d’accusé(e)  éventuel(le). Et très exceptionnellement, un groupe. Or, là où les divers témoins relatent leurs expériences, ils font état non pas d’un harcèlement provoqué par un individu, mais d’une accumulation de petites remarques et de commentaires – ou dans le pire des cas, d’agressions. C’est justement pour ça, que ces témoins parlent de « harcèlement. » Pas parce qu’une personne en particulier les importune, mais parce qu’ils ont le sentiment que toute une catégorie de personnes peut, éventuellement, s’en prendre à eux. Une remarque, une seule. Mais réitérée par plusieurs personnes. Et il se trouve que le Droit, lui, ne prend en compte le harcèlement que dans le cas d’un procès opposant une personne à une autre. Si on prend un des individus dont l’un des témoins se plaint, par exemple, en imaginant qu’il traite cette personne de « sale pute », on ne peut pas qualifier cette attitude de harcèlement, d’après notre définition. Parce qu’elle n’est pas « réitérée ». En revanche, on pourrait théoriquement mettre l’individu en examen pour injure publique – ce qu’on ne fait jamais, les preuves étant trop difficiles à réunir. Presque chaque individu présent dans les témoignages est coupable d’injure publique. Mais là-dessus, la loi existe déjà. Ceux qui commettent des agressions sexuelles…Là aussi, on a déjà une loi et un chef d’accusation tous prêts. Même chose pour les coups et blessures. Idem pour viol, ou tentative de viol. Faire une loi sur le harcèlement de rue serait extrêmement compliqué : d’une part, parce qu’elle recouperait des lois déjà existantes. D’autre part, parce qu’il faudrait à chaque désagrément enregistrer une preuve. Afin de pouvoir présenter un dossier qui comporte un nombre défini de faits, lequel dossier soutiendrait alors un harcèlement « collectif. ».Juridiquement, ça relève de l’impossible.

Une partie de la jurisprudence existe donc déjà, quant aux accusations qu’on pourrait porter sur certaines personnes décrites dans les témoignages et les vidéos. Ce qui ressort surtout du coup, c’est le manque de mise en application de cette branche de la loi. Quant à la deuxième catégorie de ceux qu’on qualifie de « harceleurs », ceux qui ne savent pas renoncer lorsqu’une personne ne leur prête pas d’attention; le problème ici ne relève pas du Droit. Il relève du social, ou plutôt de ce processus qu’on a appelé « socialisation » pour faire chic. Ce que le Raptor dit dans sa vidéo, par exemple. Le fait qu’un homme soit supposé faire le premier pas dans le domaine de la séduction. Ça, c’est une relique d’un autre siècle qui n’aide absolument pas à résoudre le problème dont d’autres se plaignent. Parce que ça crée une pression, et parfois une urgence ou même tout bêtement, une frustration ou une incompréhension. Certains vont avoir le sentiment d’être courageux, en osant aborder une femme dans la rue. Et par le fait, ils ne vont pas comprendre le refus de l’autre côté. Du côté féminin, on a mis en relief le fait que ces dernières se voient souvent considérées d’abord comme responsables des regards qu’elles attirent – confère le post d’Anaïs Bourdet sur PTS. Elles doivent en être flattées, et si elles ne le sont pas, elles doivent se justifier. C’est ce déséquilibre qui provoque la naissance de phénomènes comme le harcèlement de rue.

Mais encore une fois, la loi ne peut pas intervenir là-dessus. MarionPointComm, lorsqu’elle parle d’« éducation genrée » pointe le doigt sur le nœud du problème. A partir du moment où il y a une différence au niveau de l’attitude à adopter dans le cadre de la séduction – au niveau du rapport à son propre corps et celui de l’autre – entre les garçons et les filles, ça peut engendrer des comportements de ce type.

Reste que maintenant, on a une définition. Elle est magnifique. Néanmoins, elle ne saura d’aucune utilité pour résoudre le cas du harcèlement de rue. Et me voilà bien guedine, puisque je n’ai toujours pas répondu à la question : « et maintenant, on fait quoi ? »

*Edit du 18 octobre : je viens de voir sur la chaîne du Raptor que deux de ses vidéos avaient été censurées par YouTube, dont celle qui nous intéresse ici. Ne vous étonnez donc pas si le lien que vous voyez plus haut ne vous emmène pas directement sur la chaîne de ce dynamique dinosaure. Vous êtes libres d’aller la consulter depuis ce réupload. Blague à part, il faudra que je fasse un article en épluchant la censure sur les réseaux sociaux…J’y laisserai sans doute sa part à La Rageuse, qui apprécie moyennement ce type d’initiative – surtout de la part d’entreprises qui ne reposent pour toute légitimité que sur leur chiffre d’affaire, et se décernent néanmoins un rôle de tribunal moral/éthique…

*Edit du 5 décembre : et aujourd’hui, je lis ça. Honnêtement, ça m’a laissé un ou deux nœuds dans la trachée. Je conserverai le ton neutre – juridique – de cet article par le fait : je voulais mettre à disposition des fragments d’analyse qui pourraient peut-être aider mes piétons à se poser la question sur le sujet. Mais je n’ai pas à décider à votre place de quel côté vous vous sentez pencher…Je ne ferais pas d’article « d’opinion » là-dessus. Néanmoins, je dois dire que le lien ci-dessus m’a clairement refroidie quant à la polémique entourant ce résident du Crétacé…

Copyright Photo :  https://pixabay.com/fr/coeur-red-%C3%A9motionnel-dessin-anim%C3%A9-29328/

https:// www.youtube.com/watch?v=5NwsQk7pPjI

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