En début d’année, je tombais sur cet article dans Le Monde, et la stupeur m’a frappée comme une poêle. « Ah bon, l’adultère était toujours un crime moral ? » Depuis la création de Gleeden.fr, ça tenait de l’absurde, ou au moins du paradoxe. Et encore. S’il avait fallu attendre la bannière mauve et la pomme croquée emblématiques du « premier site de rencontres extra-conjugales pensé par des femmes » – on reviendra sur ce slogan fantastique -, les adeptes du plus vieux péché du monde auraient mis le temps à informatiser leurs recherches. Mais là-dessus, Gleeden est honnête : le premier site de rencontres extra-conjugales, plus un complément d’objet direct. Pas « le premier site de rencontres extra-conjugales » tout court. Nombre d’entre eux existaient bien avant…Pourquoi n’ont-ils pas bénéficié de la même visibilité médiatique que leur nouveau cousin ? Depuis le temps que je squatte sous les toits de la capitale, je n’ai pas croisé de pub pour Entreinfidèles.com ou pour BeCoquin.fr dans le métro, ou sur le flanc des bus. Pour Gleeden, si.  Alors ? Qu’est-ce qu’il a donc de plus que ses collègues, le bougre, pour mériter un traitement de faveur ?

Probablement son fameux COD*. « Pensé par des femmes ». Quand je l’ai lu la première fois, je suis restée bête et immobile, sans qu’une réponse plus étoffée qu’un balourd : « et alors ? » me vienne à l’esprit. Piteux.

A supposer qu’une envie subite me prenne de postuler pour un rôle féminin au casting du prochain François Ozon, une inscription sur ce site aurait été plus que profitable. Et quand je peux faire en sorte de parer à toute éventualité, je le fais. Il fallait donc que ça soit possible, quand bien même ça n’aurait pas lieu. Sauf que. Le mystère restait entier tandis que le sens de ce slogan me restait inexorablement opaque. A ma décharge, c’est vrai : pourquoi le fait que ce site ait été conçu par des personnes qui ne partagent avec moi qu’une paire de chromosomes X aurait changé quelque chose à ma perception de celui-ci ? Des femmes, il y en a des quantités…Et ce n’est pas pour autant  qu’elles pensent de la même manière que moi, ou en tous cas qu’elles conçoivent l’adultère, les attentes qu’elles en ont de cette manière. Et qu’est-ce que ça veut dire « pensé« , exactement, sur cette pub ? Créé ? Illustré ? Administré ? Financé ? Modéré ? Dont-l’idée-a-été-eue-par ? C’est-à-dire ?

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La lumière s’est faite quand, au fil de mes découvertes sur internet, je me suis retrouvée à postuler pour un job à côté de mes études, sur un autre site de rencontres – standard, cette fois – bien connu – que je ne nommerais pas. Et là, enfin. Quelqu’un a daigné me répondre. Et comme souvent lorsqu’une énigme intrigue dans la durée, la solution fut décevante. J’ai ressenti le même sentiment, avec une puissance au moins identique, le jour où je suis tombée sur l’explication de la « dream theory » de Five Nights at Freddy’s (2014). Ca se tient. Ca a l’air trop vrai pour être discutable. Mais qu’est-ce que c’est décevant.

Le problème était simple, pourtant : sur la grande majorité des sites de rencontres extra-conjugales, le nombre d’inscrits excédait trop largement celui d’inscrites. Et afin d’attirer ces dames sur le réseau web des infidèles, certains sites avaient même sorti l’artillerie lourde : inscription gratuite, ou à tarif réduit, par exemple. Gleeden de son côté préférait esquiver la perspective de brader ses tarifs en tablant sur une communication ciblée féminine. Dont le but était de mettre les femmes en confiance. En attirant l’attention le plus possible sur l’équipe conceptrice – supposée féminine, mais je n’ai aucune preuve de ce que j’avance. Et en faisant en sorte de produire des campagnes de publicité principalement adressées aux femmes. Comme si finalement, ce site avait vu le jour d’abord pour elles.

Il n’empêche que pour moi, le problème reste entier. Je ne vois pas pourquoi je ferais plus confiance à un site conçu par une femme qu’un homme. En quoi est-ce que ça change quelque chose de significatif ? Le web rend asexuée à peu près n’importe quelle production qu’il ingurgite, alors un site…Quelqu’un aurait-il déjà eu le sentiment, vraiment, de percevoir qu’un site avait été programmé par une femme ? « Là, là, ici, je sens que la main qui a tapé ces lignes portait une French manucure… » ; « attend, je crois que cette interface contient une forte quantité d’œstrogène… » Et même ça, ça ne serait pas représentatif.

L’adultère n’est donc plus un crime, ni juridique, ni moral, et les sites comme Gleeden ne sauraient donc plus être taxés d’incitation à la criminalité. Car moral ou non, un crime reste un crime…Ce qui veut dire que jusque-là, quelqu’un de vraiment calé en droit aurait pu tenter de leur coller un procès. C’est ballot, ça aurait fait une juteuse success-story médiatique, comme affaire.

*A ceux qui peut-être, n’ont pas connu cette époque : avant d’être un FPS de renom, cet acronyme désignait un objet grammatical…Mais je n’ai pas pu trouver un seul jeu de mots sortable pour illustrer le changement. Pire encore, ma plus fidèle lectrice a eu la présence d’esprit de me signaler une erreur : ce n’est même pas un COD. C’est un complément d’agent. Navrant.

Copyright Photo : https://craigabloomfield.wordpress.com/2013/08/25/cyber-love-virtually-real-or-really-virtual/

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