A force de me promener de tchat en tchat et de forum en forum, j’ai fini par menacer de réfléchir. Et quand j’essaie de faire de la cyber-philo, ça donne ça :

« Au-delà de la division stricte entre celle qu’on appelle – sans doute de façon hâtive – la vraie vie ou vie réelle par opposition à la virtuelle, une troisième dimension dans les relations humaines a fait son apparition : l’entre-deux.

L’entre-deux commence à partir du moment où un individu quitte la sphère de l’internet pour faire partie d’une liste de contacts, sur des supports variés – messagerie, courriel, téléphone – sans pour autant qu’une rencontre de visu ait eu lieu. A ce moment-là,  le monde réel, composé de divers lieux d’interactions sociales, peut alors s’opposer ou se conjuguer à un monde virtuel qu’est internet, qui lui-même se divise en d’autres lieux d’interaction : les tchats, les forums, les communautés virtuelles comme les réseaux sociaux ou les jeux en ligne. Une personne manifeste son désir de faire partie de l’entre-deux lorsqu’elle formule la plupart du temps cette phrase : « on garde contact ? » Le fait de garder un contact avec cette personne en-dehors de l’univers de la rencontre lui apporte ainsi une légitimité supplémentaire. Elle n’est pas encore une personne réelle, on ne l’a pas vue, on ne connaît sûrement même pas le son de sa voix. Mais elle n’est plus perdue au milieu des autres du virtuel, sur le lieu de rencontre virtuel où elle a été abordée. Elle est autorisée à avoir un contact prolongé en-dehors du reste du virtuel. Pas d’internet : certaines personnes se contentent d’un contact sur un réseau social, mais elle fait partie d’une liste de contacts facile à dérouler pour la trouver plus rapidement. C’est-à-dire qu’elle aussi, de son côté, peut dorénavant choisir à quel moment elle souhaite commencer une conversation, mais plus rapidement qu’avant. Ainsi, le gain de temps dans la recherche d’une personne se présente comme une forme de consolidation de la relation. S’y trouve également une forme de confiance supplémentaire : s’il y a échange de coordonnées, fussent-elles aussi impersonnelles qu’une adresse e-mail, la personne y voit un signe de confiance, minime. Elle voit la preuve qu’elle a de l’intérêt pour vous et se dispose à un échange de preuves – donner son adresse – qui marquera une réciprocité de l’intérêt. L’entre-deux se crée :  cette personne peut être contactée à tout moment sans avoir à aller la rechercher dans le vaste domaine d’internet, et  un biais de faire de même de son côté lui a été accordé. Mais qu’il s’agisse de conversation par messages téléphoniques ou par une messagerie virtuelle comme Skype – biais très apprécié pour l’entre-deux puisqu’il peut permettre un ajout progressif de dimensions supplémentaires : la voix, le visage – la rencontre face-à-face n’a pas eu lieu, l’entre-deux est un rapport entre des substances de personne. Et la rencontre contingente n’aura peut-être pas lieu, d’ailleurs. L’entre-deux marque le moment où s’exprime le désir de prolonger une conversation avec quelqu’un, en le facilitant – par gain de temps et de confiance sur un support privé et non public, où n’importe qui peut aborder n’importe qui. Néanmoins, c’est dans cet entre-deux que la plupart des relations se décident : avorter la tentative ou la concrétiser par une rencontre réelle ? Et parfois, plus étonnant encore, garder la relation telle quelle.

La naissance de l’entre-deux a rajouté une dimension dans les relations humaines et les interactions sociales : la possibilité de prendre son temps pour déterminer si quelqu’un vaut la peine d’être connu avant de prendre une décision ; mais tout en gagnant du temps, en sortant la personne de la masse sociale que représente l’internet. Ainsi, l’entre-deux repose sur un paradoxe des temporalités. Le gain de temps pour entretenir un lien social avec une personne permettrait d’établir le début d’un processus de décision quant à une évolution du lien préétabli : je préfère dépenser du temps d’entre-deux pour éviter d’en perdre dans le monde « réel« . »

Copyright Photo : http://www.netdatingassistant.com/blog/rencontres-online-comment-passer-du-virtuel-au-reel-plus-facilement/

Ne vous étonnez pas du site dont provient cette image…On discutera encore, de mes analyses pseudo-sociologiques sur la cyber-relation – au sens large.

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