Il fallait s’attendre à du programme musclé. Avant de voir ce film, j’avais lu une interview de Jean Reno. Il y déclarait en toute sincérité : « j’aurais adoré jouer dans Prison Break. »  Sortez le K2R, ça va tâcher rouge sur les napperons.

Antigang s’offre un air de Les Experts made in France – les plans sur le quartier de la Défense comme autant de gratte-ciels américains. Malheureusement, si on ne peut pas enlever aux seconds un choix sonore judicieux – Won’t get fooled again par the Who pour ceux qui par un exceptionnel hasard n’auraient jamais vu le générique – le cousin français patauge beaucoup plus. La bande-son est une catastrophe, tant sur les passages d’action que sur les passages apaisés. C’est assez dommage, ce film aurait pu happer son spectateur bien plus facilement si les morceaux choisis n’avaient pas tendance à l’expulser hors de l’histoire: soit qu’il reste perplexe devant leur choix, soit qu’il ne soit pas entraîné par eux.  En revanche, la performance des acteurs – tous – est admirable : les membres de l’antigang sont présentés sans compassion, usant de méthodes aussi brutales qu’illégales. Des coups donnés pour faire mal – et bien mal -, une batte de Baseball fracassée sur un crâne, et l’ambiance continue jusqu’après le travail : on « célèbre » la première balle prise par le nouveau venu, on se raconte comment on a récolté les siennes…Une vraie conversation de vétérans, à tel point qu’on se demande dans quelle mesure le trait a été forcé. Pourtant, certains personnages tentent d’apporter des nuances à ce climat : Margaux (Caterina Murino), une femme qui refuse l’éternel refrain de la « stabilité » en préférant garder sa liaison avec Serge Buren (Jean Reno, justement) secrète. Ce petit air indépendant est hélas laissé de côté, l’épouse adultère demeurant incapable de s’opposer franchement à son époux, Becker (Thierry Neuvic). Niels Cartier (Alban Lenoir, on lui souhaite que le tournage d’Un Français (2014) ne lui autorise pas que des rôles de « brute pas si mauvaise au fond »), campe quant à lui le jeunot qui va porter la succession de Buren en essayant de ne pas commettre les mêmes erreurs. Sa présence est louable : il porte presque à lui seul tous les moments d’humour réussis du film. Les autres ont du mal à affirmer des caractères, ils se font absorber par le triangle Buren-Margaux-Becker sans réussir à s’illustrer. On pouvait espérer que Ricci (Stéfi Celma) sortirait de son portrait de femme enceinte gentiment déraisonnable pour apporter un peu de profondeur à cette équipe obnubilée par sa traque…Mais non.

La pauvreté des personnages chagrine donc, même si les acteurs ont l’air de s’en donner à cœur joie dans ces rôles plutôt toc. Le scénario n’était pas prévu comme point fort dès le départ : un « vieux flic » entouré de « petits jeunes », sur la trace d’un braqueur plus malin que les autres, pile au moment où un changement de direction lui impose des méthodes « plus douces » – et surtout légales. Si on attendait quelque chose, c’était les scènes d’actions. Même elles paraissent parodiées, filmées avec une sorte de rythmique – volontaire ? – qui fait sourire plus que transpirer. Ceci dit, ce film tient haut son héritage français : il marque le retour de la figure intemporelle du « beau méchant germanisant » dans la peau de Genoves (Sébastien Lalanne), flanqué de ses sbires en braqueur insaisissable, manipulateur de preuves. Reste qu’il suit la totalité du casting,  en manquant cruellement de complexité.  Antigang n’avait sûrement pas la prétention de se présenter comme un développement en trois parties sur la nécessité de la violence dans les méthodes policières – vous avez cinq heures. Il n’était toutefois peut-être pas nécessaire de le calquer à ce point sur ses modèles d’outre-atlantique les plus schématisés. L’excellente série des Soprano l’a démontré : s’attaquer à un milieu où la violence est quotidienne peut se faire avec de la réflexion, de l’humour, de la noirceur et aussi – surprise – de la subtilité. Le film de Benjamin Rocher n’a pas choisi cette voie: il parsème les répliques de Jean Reno, d’Alban Lenoir et de leurs comparses d’un argot « viril » et de vannes simplistes – parfois drôles – sans parvenir au début d’une mise en perspective. Quitte à voir un film d’action, on peut attendre au moins du spectacle. Là, le réalisateur donne l’impression de n’avoir pas su décider entre le film musclé et le film noir, et la « french touch » n’arrive pas tout à fait à lui ajouter une originalité.

Pari perdu cette fois, mais on ne sait jamais : si Jean Reno s’inscrit au casting d’une série carcérale, promis, je regarde.

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